Archive par auteur

Coucou la socialité de la GPA

lundi 15 juin 2015

La biologie a classé et nommé les comportements sociaux caractéristiques des espèces.

Les solitaires ne se rencontrent que pour la reproduction et ne s’occupent pas des enfants. Les grégaires forment des communautés temporaires sans but de reproduction ou de soin aux juvéniles. Dans la subsocialité, comportement de loin le plus courant, les animaux s’occupent de leurs petits, et l’on parle de colonialité lorsqu’ils se regroupent pour cette tâche sans pour autant s’occuper des enfants des autres. La communalité est une colonialité où certaines tâches sont mises en commun, c’est le cas des otaries et des Homo Sapiens (même des non-communistes).

Enfin l’eusocialité est une forme de vie commune où la reproduction n’est confiée qu’à quelques individus, c’est le cas des abeilles, des fourmis, des rats-taupes et des loups. Dans cette forme élaborée de socialité, les géniteurs sont sélectionnés par le groupe, ou bien ils s’imposent eux-mêmes par leurs qualités de domination, cette sélection génotypique et phénotypique est favorable à l’espèce.

L’adoption est une forme d’eusocialité où des adultes inaptes à procréer participent aux soins de juvéniles issus de géniteurs plus aptes.

Homo sapiens est donc une espèce communale et eusociale, mais il vient de franchir une nouvelle étape comportementale, encore dépourvue de nom biologique, connue sous le terme de « gestation pour autrui ». Ce comportement n’est pas vraiment nouveau, il empreinte aux modèles du coucou qui fait couver ses œufs par d’autres, des parasites qui se reproduisent aux dépens d’un autre, voire des parasitoïdes qui finissent par tuer l’hôte qui les a portés. Mais dans tous ces cas, les hôtes gestants ne sont pas consentants.

Nous pourrions nommer cette nouvelle socialité « eusocialité parasite » puisque les gestantes ne font pas partie du groupe social des géniteurs, mais cette appellation serait malséante pour les deux parties. Nommons-là donc « eusocialité symbiotique », cela fera plaisir aux sociologues, aux progressistes, aux démagogues, aux conservateurs, aux paroissiens, aux transhumanistes, aux constitutionnalistes, aux médiateurs et à tous ceux qui n’ont pas d’avis précis sur les étiquettes.

Cette nouvelle socialité interpelle cependant le biologiste pour deux raisons majeures. La gestante n’est pas sélectionnée sur son phénotype dominant puisqu’elle est rémunérée pour cette servitude. Les géniteurs n’ont pas un génotype positivement sélectionnable puisque c’est précisément un déficit procréateur qui les amène à un tel choix.

Bref, toute cette machinerie sociale ne me dit rien qui vaille pour l’espèce. Restons cependant optimistes, car l’épigénétique et la complexité nous ont déjà protégés de bien pire !

Vaccins en général et en particulier

dimanche 3 mai 2015

La communication sur les vaccins se fait souvent sans nuance, tant par les ministères qui les promeuvent que par les sectes qui les dénigrent, en bloc.

On parle souvent d’utilité, d’efficacité ou de méfiance sans préciser de quel vaccin il s’agit ; c’est comme si l’on disait des médicaments en bloc « ils sont bons » ou « ils sont mauvais ».

Cela n’a aucun sens, aucune valeur critique, et explique la panne épistémologique autour de ce thème sanitaire majeur.

Pour chaque vaccin, comme pour chaque médicament, il faut se poser les questions essentielles. Présente-t-il des dangers réels ? Est-il indispensable pour la santé publique ? Quels sont les effets secondaires ? Le rapport bénéfices/risques est-il positif ? Quelle est l’efficacité par rapport à l’objectif initial ? Il n’est pas toujours possible de répondre d’emblée à toutes ces questions, mais généralement on peut y répondre après quelques dizaines d’années d’utilisation.

Le vaccin antipolio est sans danger, sans effet secondaire, indispensable à la santé publique et individuelle, le rapport bénéfice/risque est infini, l’efficacité est totale par rapport à l’objectif, car la maladie a disparu.

Le BCG présente quelques effets secondaires, il est important pour la santé publique, il n’est que partiellement efficace et n’a pas permis d’atteindre l’objectif initial.

Le vaccin antigrippal est important pour la santé publique, il est sans danger, il est moyennement efficace et n’a toujours pas permis d’atteindre l’objectif fixé.

Les vaccins contre l’hépatite B et la rougeole sont indispensables, sans danger, sans effet secondaire, et permettent d’atteindre l’objectif chez les personnes vaccinées.

Les vaccins contre la varicelle et le rotavirus sont inutiles pour la santé publique. Le vaccin contre la varicelle présente un danger de recrudescence d’une maladie plus grave à l’âge adulte. Le vaccin contre rotavirus présente quelques effets secondaires, et à long terme, il peut faire émerger la virulence d’autre virus intestinaux communs. Aucun des deux ne semble pouvoir atteindre l’objectif initial.

Terminons cette liste non exhaustive par le vaccin contre le papillomavirus. Il est sans danger ni effet secondaire, il est modérément important pour la santé publique. Il diminue les infections visées, mais personne ne peut encore répondre à ces deux questions : les souches de papillomavirus non couvertes par le vaccin peuvent-elles acquérir de la virulence et l’objectif de supprimer le cancer du col de l’utérus sera-t-il atteint ? L’OMS le recommande pour les filles de 9 à 13 ans dans tous les pays, car elle espère une réponse positive à ces deux questions, mais nul expert ne peut l’affirmer aujourd’hui. Si la prévalence de ces cancers diminue, le vaccin aura partiellement atteint son objectif, sinon, il aura été inefficace ou n’aura pas atteint la cible des personnes vulnérables.

Médicaments ou vaccins, la médecine ne progresse pas avec des promesses, du rêve ou des spéculations mais avec des preuves concrètes.

Références

Pharmacologie du suicide

vendredi 17 avril 2015

La dépression est une entité médicale qui n’a jamais obtenu de définition satisfaisante. L’imipramine a été le premier médicament considéré comme actif pour améliorer l’humeur,  cette molécule a inauguré la grande famille des antidépresseurs dits « tricycliques ». D’autres familles ont suivi, basées sur de subtils réductionnismes de la chimie synaptique : inhibiteurs de la monoamine-oxydase, inhibiteurs de la capture de l’adrénaline ou de la sérotonine.

Plusieurs de ces médicaments, en conformité avec les prévisions théoriques, ont pu modifier temporairement l’humeur ou son expression, mais hélas, aucun d’eux ne s’est montré vraiment plus efficace qu’un placebo pour changer le cours des dépressions à moyen et long terme.

Cet échec vient du fait que la dépression n’est pas une entité isolée. La dépression médicale la mieux établie et la plus fréquente est la phase dépressive de la maladie bipolaire, et il existe des dépressions unipolaires psychotiques plus rares. Dans le premier cas, les antidépresseurs sont inefficaces et dangereux, ils majorent le risque de suicide. Dans le deuxième cas, les antidépresseurs ne sont qu’un traitement d’appoint difficile à évaluer.

Ces médicaments majorent également le risque de suicide quand ils sont utilisés comme traitement de la multitude des « non-maladies » nommées dépressions, particulièrement chez les adolescents.

Les antidépresseurs sont donc des médicaments inutiles et/ou dangereux dans le traitement de la grande majorité des dépressions majeures et mineures. Mais pour ne pas heurter la normativité des médecins et de leurs patients, il convient d’être beaucoup plus concret pour les convaincre que ces propos ne sont ni péremptoires ni répréhensibles.

La meilleure définition d’une dépression médicale grave de type bipolaire ou unipolaire repose sur le risque élevé de suicide. Tout clinicien, soignant un patient à l’humeur dépressive, a donc comme priorité principale d’empêcher le suicide qui est logiquement considéré comme l’échec médical absolu.

La réflexion clinique dans des pathologies de cette complexité où notre méconnaissance reste forte, doit parfois se résumer à regarder les chiffres les plus simples de la façon la plus triviale.

Les antidépresseurs ont été découverts, il y a un demi-siècle, et dans les pays où ils sont utilisés, le taux de suicide a augmenté de 60%.

Avec des chiffres aussi brutaux, comment peut-on encore fabriquer des preuves moléculaires sophistiquées et des discours psychiatriques alambiqués autour de la dépression ? Lorsque le symptôme qui définit à la fois la gravité de la maladie et signe l’échec médical présente une augmentation aussi faramineuse de son incidence.

Je suis toujours stupéfait de la carence épidémiologique dans laquelle baigne la pharmacologie psychiatrique et particulièrement celle du suicide.

Références

Lifting et Viagra®

samedi 21 mars 2015

Le lifting, hors les effets attendus, modifie aussi les signaux de l’appariement : symétrie du visage, cernes du regard, profil, sourire, silhouette. Que l’intervention soit invisible – ce qui est rare – ou visible, le partenaire sexuel ne sera pas le même qu’avant.

Le plus souvent, le lifting est très discernable, il devient alors un signal sexuel secondaire en lui-même. Même si le résultat est catastrophique du point de vue esthétique, il remplit son rôle de signal : j’appartiens à la catégorie de ceux qui peuvent se l’offrir et qui souhaitent séduire.

Il est alors logique que le partenaire appartienne à la catégorie de ceux qui sont réceptifs à un tel signal. Il est cependant peu probable d’en trouver un plus jeune, car l’âge physique est souvent plus visible qu’avant, et s’y ajoute quelques soupçons de déficit de la cognition sociale et de la spontanéité qui en fait le charme.

Le partenaire sera donc plus vieux, et qu’il soit ou non lifté lui-même, il n’aura certainement pas les performances sexuelles d’un étalon. Peu importe rétorqueront certains, puisque dans l’appariement après un certain âge, le champ affectif  est prioritaire. Argument irrecevable, car s’il y avait lifting, il y avait désir de jeunesse et de ses performances.

Le partenaire devra donc être un adepte du Viagra® ou d’un placebo du e-commerce. Ces comprimés sont essentiellement utilisés par des hommes qui se sont appariés, ou le souhaitent, avec des femmes plus jeunes.

Le mathématicien en conclura que la stratégie d’accouplement basée sur le lifting est inadéquate et que la probabilité d’appariement entre une femme liftée et un homme lui-même rehaussé est très faible.

Pourquoi donc le sociologue rétorquera-t-il qu’au contraire, la probabilité est forte ? Répétons que le lifting est un signal sexuel secondaire à très forte composante sociale, et de nombreux utilisateurs de Viagra® se situent dans le même groupe socio-culturel.

Certes les victimes des pneumopathies du silicone et des délabrements définitifs du visage ne sont plus sur le marché de l’appariement, mais celles qui y ont échappé ont encore quelque chance avec des rescapés cardio-vasculaires du Viagra®. L’histoire ne dit jamais les éventuelles misères sexuelles et cognitives qui en résultent, et nul n’a envie de le savoir, mais l’appariement peut être socialement réussi.

C’est aussi cela le communautarisme.

http://lucperino.com/358/lifting-et-viagra.html

Pailles de la prévention

jeudi 12 mars 2015

Les jours de grande pollution, de nombreux messages officiels recommandent de garder les jeunes enfants à la maison. Leur système respiratoire, encore immature, est plus sensible aux effets de la pollution atmosphérique. Il est également recommandé aux joggeurs d’éviter de pratiquer leur sport favori dans les villes. Si des enfants doivent absolument aller à l’école, il est recommandé de les y conduire… en voiture… de préférence.

Aux ébahis qui se demandent pourquoi, on n’interdit pas aux véhicules de rouler en suggérant aux parents d’accompagner leurs enfants à pied à l’école, il n’y a qu’une réponse sensée à apporter. L’automobile est doublement indispensable au bon fonctionnement de l’économie : par l’industrie qui les fabrique et pour tous les travailleurs qui l’utilisent quotidiennement. Et nous devons reconnaître, au grand dam de nos convictions écolo-sanitaires, qu’une bonne économie est indispensable à notre bonne santé.

Cependant, si les parents ont l’habitude de fumer à la maison, il est préférable de sortir les enfants dans la rue, car une maison enfumée est plus toxique pour les jeunes enfants qu’une ville un jour de grande pollution. La rue est d’ailleurs le seul endroit où ils ont désormais le droit de fumer en dehors de leur maison !

Aux naïfs et aux censeurs qui se demandent pourquoi on n’arrive pas à faire diminuer plus vite le tabagisme et ses misères collatérales, il y a plusieurs réponses sensées à apporter. Une démocratie digne de ce nom ne peut réduire trop drastiquement les libertés individuelles. Les buralistes ont de bons syndicats qui défendent le commerce de proximité et les emplois qu’il crée. Les cigarettiers ont de bons lobbys qui défendent le PIB, les emplois et les taxes qu’ils créent. Et nous devons reconnaître, au grand dam de notre pédiatrie militante que le PIB, les taxes et les commerces de proximité sont bons pour notre santé, donc pour celle de nos enfants, si dépendante de la nôtre.

Lors des grandes manifestations mystiques, il est recommandé de ne pas laisser les enfants à la portée des religieux qui risquent d’abuser de leur influence sacrée.

Aux athées et anticléricaux qui se demandent comment empêcher la pédophilie et la fanatisation, il serait misérable de sous-entendre que les conservatismes religieux et politiques favorisent un certain aveuglement sur nos différents clergés.

Les jours de grand carnage par arme à feux dans les écoles américaines, il est recommandé de ne pas envoyer les enfants à l’école.

Aux éberlués qui se demandent comment empêcher de telles horreurs, il est recommandé de se reporter aux paragraphes précédents. En rassemblant toutes les pailles de nos yeux on devrait bien finir par trouver une foutue explication à la poutre des autres.

Indications du viol

vendredi 20 février 2015

Lorsque les historiens de demain jugeront la médecine d’aujourd’hui, ils relèveront le phénomène de « l’extension des indications » comme le plus marquant de la sociologie sanitaire des XX° et XXI° siècles. Et si l’épistémologie du soin était un jour enfin introduite dans l’enseignement des facultés de médecine, son objet principal serait certainement l’étude des ajustements entre risque de surmédicalisation et risque de négligence.

L’extension des indications a concerné et concerne encore tous les secteurs du soin. L’hypertension est traitée dix fois trop souvent après 40 ans et cent fois trop souvent après 70 ans. L’appendicectomie a été réalisée cent fois trop souvent à tort jusqu’aux années 1980. La quasi-totalité des amygdalectomies, adénoïdectomies, hystérectomies ont été abusives et inutiles. Les antidépresseurs et benzodiazépines sont mille fois trop prescrits. Les césariennes trois fois trop fréquentes, les déclenchements d’accouchement trente fois trop. Plus de la moitié des dépistages, bilans et imageries diverses conduisent à des diagnostics abusifs. Les antibiotiques sont dix fois trop prescrits. La crainte de la rarissime dyspnée laryngée provoque le traitement corticoïde de 50% des toux de nourrissons fébriles. Les anti-inflammatoires et antalgiques morphiniques sont cent fois trop prescrits. J’arrête là cette liste où j’ai volontairement minimisé les chiffres pour ne pas risquer une trop forte marginalisation.

La seule défense acceptable d’un médecin contre cette diatribe, serait celle du principe de précaution. Défense bien légère qu’un habile avocat retournerait contre lui pour dévoiler son incompétence clinique.

Récemment, suite à la proposition aberrante et heureusement vite oubliée d’apprendre aux étudiants l’examen gynécologique sur des patientes anesthésiées, certains sont allé jusqu’à évoquer l’accusation de viol.

J’ai la naïveté pour supposer et l’expérience pour savoir que les examens gynécologiques sur patiente anesthésiée sont pratiqués pour des raisons cliniques, et ont toujours lieu devant les membres de l’équipe chirurgicale qui entoure ces patientes.

Les juges, interpellés sur cette question du « viol symbolique », ont eu la sagesse de répondre qu’ils ignoraient ce qu’était un viol symbolique, mais par contre qu’ils avaient la définition pénale du viol : « tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise ».

Si le  majeur et l’index sont une « quelque nature » et si l’anesthésie est une « surprise », je n’ose pas penser ce qui se passerait si les juges se mettaient à pratiquer l’extension des indications judiciaires avec la même frénésie que les médecins pratiquent l’extension des indications médicales !

Revenir à la preuve clinique des médicaments

mardi 10 février 2015

Jusqu’aux années 1920, tous les médicaments efficaces étaient hérités de l’empirisme de générations de soignants. Les effets de la quinine sur les fièvres, de l’argile et du charbon sur les diarrhées ou de la belladone sur les douleurs abdominales étaient admis par tous les médecins.

Le premier médicament résultant de la connaissance physiopathologique d’une maladie fut l’insuline en 1921. Puis jusqu’aux années 1960, cette connaissance a produit les vitamines, les hormones, les antibiotiques et bien d’autres, avec un excellent niveau de preuve à court terme.

L’intérêt croissant pour des pathologies cardio-vasculaires, psychiatriques, métaboliques, neurodégénératives ou tumorales a changé la temporalité de la preuve. Il fallait désormais prouver l’action à long terme, par exemple, d’un anticoagulant sur le risque d’accident vasculaire. D’où la nécessité d’utiliser les statistiques pour passer d’une preuve individuelle, désormais impossible, à une preuve populationnelle. Ce qui nécessita des essais cliniques longs et coûteux avec de gros risques de biais et de falsifications.

Puis la compréhension des maladies progressant jusqu’au niveau moléculaire, on essaya de synthétiser des médicaments à partir de ces savoirs précis. Les premiers issus directement de l’analyse moléculaire furent les bétabloquants dans les années 1970. Mais cela ne suffisait pas à connaître leur action clinique. Ces médicaments destinés initialement à l’angor furent d’abord contre-indiqués dans l’hypertension et l’insuffisance cardiaque avant d’être indiqués dans les deux, suite aux preuves statistiques.

L’empirisme avait disparu pour laisser sa place à deux niveaux de preuve, le niveau théorique et le niveau statistique.

Aujourd’hui, la complexité de l’analyse moléculaire dans des domaines comme la psychiatrie ou la cancérologie empêchent toute forme de réductionnisme. Un médicament peut avoir une base théorique brillante et être dépourvu de tout effet clinique.

D’extraordinaires découvertes moléculaires dans le développement des tumeurs donnent lieu à des autorisations de mise sur le marché de médicaments offrant des survies nulles ou dérisoires, de l’ordre de quelques semaines.

Nous comprenons que les patients et leur famille puissent croire à ces espoirs enrobés de théories qui les submergent, mais comment les agences du médicament peuvent-elles à ce point, oublier la preuve clinique ?

Si le prix de tels médicaments était basé sur leur succès clinique, il serait tout aussi dérisoire. Il est hélas basé sur leur enrobage théorique et commence à amputer sérieusement le budget de la solidarité nationale.

Doit-on oublier la preuve clinique pour encourager la recherche fondamentale ?

Duper les patients d’aujourd’hui pour mieux soigner ceux de demain pourrait être acceptable si ces derniers peuvent encore accéder aux soins.

Allergies alimentaires : encore un problème de surmédicalisation

mercredi 4 février 2015

Depuis une à deux décennies, le problème majeur du soin dans nos pays est celui de la surmédicalisation : surdiagnostic et sur-traitement.

Ce problème ne fait jamais la une des médias, car la plupart des articles et sites médicaux destinés au grand public ressassent inversement que les maladies sont sous-diagnostiquées.

Les médecins, qui jusqu’à maintenant ne s’alarmaient pas trop de cette surmédicalisation, commencent à s’organiser en association pour réfléchir à ce thème et ils l’abordent dans leurs sociétés savantes.

On peut comprendre qu’ils aient tardé à réagir, car ce n’est pas à eux de scier leur propre branche, mais à ceux qui financent cette gabegie médicale.

Oui, l’hypertension, la dépression, l’hypercholestérolémie sont toutes largement sur-traitées. Oui, les cancers sont plus souvent sur-diagnostiqués que sous-diagnostiqués.

Il y a pourtant des cas où il est facile de savoir si une maladie existe ou pas, c’est lorsqu’elle est exclusivement clinique, c’est-à-dire lorsque les symptômes sont évidents et le diagnostic relativement facile. Il suffit alors de reprendre l’histoire clinique et le dossier du patient, et de  revérifier si le diagnostic appliqué pour la vie est toujours exact.

C’est ce qu’on fait des médecins pour 800 enfants suspectés d’allergie alimentaire. Seuls 35% d’entre eux, soit 280 avaient eu une histoire clinique méritant d’effectuer un test (IgE spécifiques). Pour la moitié de ceux-là, le test positif avait entraîné la prescription d’un un régime d’exclusion, bien que ces test soient connus pour les très nombreux faux positifs. Rappelons que ces régimes sont anxiogènes et qu’ils altèrent la qualité de vie de toute la famille.

Parmi ceux qui suivaient un régime, le diagnostic a été contesté dans la moitié des cas.

Pour 90% des enfants, l’aliment suspect a été réintroduit sans problème !

La valeur prédictive positive des tests a été évaluée à seulement 2,2% !

Le test de provocation orale, qui est le test diagnostique le plus simple et le plus précis, n’a été positif que dans 6% des cas !

Assurément, que ce soit en cancérologie, en cardiologie, en endocrinologie, en psychiatrie et désormais en allergologie, le problème actuel de la santé dans nos pays n’est pas celui du sous-diagnostic, mais bien celui du surdiagnostic.

Est-ce que parce que les médecins voient leur branche se casser qu’ils commencent à s’intéresser à la surmédicalisation ou parce qu’ils craignent que les dépenses pour les bien-portants finissent par amputer le budget pour les vrais malades ? Sans doute un peu les deux, dans l’ordre que l’on estimera adéquat pour chacun d’entre eux.

Rérérences

Variabilité des critères du dépistage

jeudi 22 janvier 2015

En 1968, l’OMS établissait la liste des critères du dépistage des maladies, pour tenter d’empêcher les dérives.

1. Il faut que la maladie dont on recherche les cas constitue une menace grave pour la santé publique.

2. Il faut qu’un traitement d’efficacité démontrée puisse être administré aux sujets chez lesquels la maladie a été décelée.

3. Il faut disposer des moyens appropriés de diagnostic et de traitement.

4. Il faut que la maladie soit décelable pendant une phase de latence ou au début de la phase clinique.

5. Il faut qu’il existe une épreuve ou un examen de dépistage efficace.

6. Il faut que l’épreuve utilisée soit acceptable pour la population.

7. Il faut bien connaître l’histoire naturelle de la maladie, notamment son évolution de la phase de latence à la phase symptomatique.

8. Il faut que le choix des sujets qui recevront un traitement soit opéré selon des critères préétablis.

9. Il faut que le coût de la recherche des cas (y compris les frais de diagnostic et de traitement des sujets reconnus malades) ne soit pas disproportionné par rapport au coût global des soins médicaux.

10. Il faut assurer la continuité d’action dans la recherche des cas et non la considérer comme une opération exécutée « une fois pour toutes ».

L’application stricte de ces dix critères devait logiquement aboutir à la suppression de tout dépistage.

Après plusieurs amendements, les critères ont été édulcorés et l’imprécision de chaque critère ouvre désormais la porte à tous les dépistages. Mais l’ensemble du texte a une très belle allure.

Voici donc la nouvelle liste :

1. Il faut que le programme de dépistage réponde à un besoin reconnu.

2. Il faut que les objectifs du dépistage soient définis dès le début.

3. Il faut définir une population cible.

4. Il faut que des preuves scientifiques reconnaissent l’efficacité du programme de dépistage.

5. Il faut que le programme comprenne la sensibilisation, les tests, les services cliniques et la gestion du programme.

6. Il faut qu’il y ait des mesures d’assurance de la qualité, y compris des mécanismes pour réduire les risques potentiels du dépistage.

7. Il faut que le programme garantisse un choix éclairé, la confidentialité et le respect de l’autonomie.

8. Il faut que le programme encourage l’équité et favorise l’accès au dépistage pour l’ensemble de la population cible.

9. Il faut que l’évaluation du programme soit prévue dès le début.

10. Il faut que les avantages globaux du dépistage l’emportent sur le tort qu’il peut causer.

Comme c’est simple : lorsqu’un texte ne correspond pas à la politique désirée, on le remplace par un autre mieux à même de la justifier.

Référence

Histoire simple des médicaments anti-obésité

mardi 6 janvier 2015

Le Mysimba® vient d’obtenir son autorisation de mise sur le marché en Europe. Ce médicament contient un anti-opiacé, le naltrexone et un antidépresseur amphétaminique, le bupropion, deux molécules toxiques utilisées dans diverses cures de sevrage avec de bien maigres résultats.

L’obésité est l’unique indication de ce nouveau médicament, avec les mises en garde d’usage, toutes politiquement correctes.

L’histoire des médicaments anti-obésité est d’une extraordinaire simplicité. Aucun n’a jamais eu le moindre effet thérapeutique, l’épidémie d’obésité n’a fait qu’empirer depuis la première tentative de régler ce problème sanitaire par la pharmacologie. Toutes les molécules ont été retirées du marché en raison de leur toxicité, même lorsque la pharmacovigilance était quasi inexistante. Les petites améliorations de la pharmacovigilance ont permis de raccourcir le délai entre commercialisation et interdiction, passant d’une vingtaine d’années, pour les premiers, à moins de cinq ans, pour les derniers.

Pléthoryl®, Isoméride® et Pondéral®, trois amphétamines (comme le bupropion de Mysimba®) ont été retirées du marché entre 1988 et 1997. Triacana®, à base d’extraits thyroïdiens a été interdit en 2004, le rimonabant (Acomplia®) en 2008, la sibutramine (Sibutral®) et le Médiator®, dernière amphétamine célébrissime, en 2010. L’orlistat (Alli®) a été retiré par son fabricant, tandis que la forme Xenical® est en cours d’abandon en raison d’un rapport bénéfice/risque négatif.

Pour tous ces médicaments, sans exception, les mises en garde, indications et précautions d’usage n’ont jamais été respectées, multipliant le nombre d’accidents et aggravant la négativité de la balance bénéfices/risques.

L’enseignement à tirer d’une telle saga est sans équivoque : aucun comprimé ne peut régler le problème de l’obésité dont les causes environnementales sont d’une extrême complexité.

Les ministères de la santé n’ont pas su tirer cet enseignement qu’aucune étude ne pourra jamais contredire. Il ne fait aucun doute que ce nouveau produit sera retiré du marché après avoir apporté plus de désagréments que de bénéfices.

Alors pourquoi  une telle autorisation ?

La réponse est encore plus simple. Parce que le nombre de clients potentiels dans le monde est évalué entre un et deux milliards. Même avec seulement cinq ans d’autorisation de vente, le bénéfice escompté permet un lobbying capable de flouter tous les conflits d’intérêts.

Les ministères de la santé n’ont pas pour vocation de protéger les obèses, enfants fragiles de notre misérable abondance.

Empiler le marché pharmaceutique sur le marché agro-alimentaire pourrait être une excuse acceptable si la richesse induite diminuait la misère de cette fragile et captive clientèle, mais là aussi, hélas, le marché pharmaceutique et les ministères de la santé ont échoué.

Références