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Chasse aux arrêts maladie

dimanche 20 novembre 2011

Lisez, regardez et écoutez attentivement les médias, ils en savent beaucoup plus que vous sur votre santé. Vous découvrirez ainsi qu’un cancer microscopique se cache dans chacun de vos organes et qu’il est grand temps de vous en préoccuper. Vous avez probablement une dépression dont vous ignorez l’existence et que votre médecin n’a pas su diagnostiquer, car il s’agit d’une « dépression masquée ». Les masques des dépressions sont multiples et variés, et ils peuvent aussi être eux-mêmes masqués, ce qui nécessite de grandes compétences psychiatriques pour les reconnaître.

Vous pensez que vos taux de sucre et de cholestérol sont bons ; détrompez-vous, les normes ont changé et vous êtes certainement déjà entré dans une zone à risque. Votre enfant est tombé deux fois cette semaine en apprenant à faire du vélo et il manque de vigilance à l’école maternelle, c’est assurément un hyperactif, agissez avant qu’il ne soit trop tard. Mesdames, lorsqu’il vous arrive de rabrouer votre mari qui a oublié quelque chose au supermarché, vérifiez bien où vous en êtes de votre cycle, car vous avez certainement un « syndrome dysphorique prémenstruel » qui nécessite de toute urgence un traitement antidépresseur. Messieurs n’écoutez plus ces médecins irresponsables qui sont de plus en plus nombreux à penser que le dépistage du cancer de la prostate est inutile et même dangereux, achetez un test et faites-le vous-même sans passer par un laboratoire et consultez un urologue, de préférence, hyperactif.

Vous ne savez plus où vous avez rangé vos clés, pourquoi nier avec autant de véhémence que c’est bien le début d’une maladie d’Alzheimer. Soyez raisonnable, faites un traitement puisqu’il est remboursé malgré son inefficacité reconnue. Et si vous ne comprenez pas que c’est le traitement qui est primordial et non son efficacité, c’est que votre Alzheimer est déjà bien avancé.

Chers concitoyens, vous avez peut-être aussi un psoriasis, une migraine, un trouble anxieux généralisé, une spondylarthrite ankylosante ou un trouble bipolaire, car il y en a en réalité quatre à cinq fois plus que les médecins n’en diagnostiquent. En effet, à l’instar de vos enfants, les médecins souffrent d’une baisse chronique de la vigilance, ils ne diagnostiquent plus rien. Pourquoi donc continuez-vous à aller les voir ?

Ah ! vous dites avoir encore besoin d’eux pour obtenir des arrêts maladie.

Eh oui, c’est bien là toute l’aberration de notre système, avec toutes ces maladies qui sévissent, en manque de diagnostic, l’arrêt-maladie devrait être préventif, généralisé et permanent pour compenser l’incurie des médecins.

Quand je pense que notre administration a décidé de faire la chasse aux arrêts maladie…

Allez comprendre…

Curieuse extension de l’effet placebo

jeudi 10 novembre 2011

D’après les données de la science indépendante, les traitements médicamenteux actuels de la maladie d’Alzheimer n’ont aucune efficacité, sinon un léger effet transitoire qui ne change en rien le cours de cette terrible maladie. La plupart de ces médicaments ont des effets indésirables d’autant plus dommageables que le patient est dans l’incapacité cognitive de s’en plaindre !

Sur le terrain, l’expérience médicale montre que ce sont les proches du patient qui réclament les traitements et qui vérifient le bon suivi des prescriptions. Leur insistance se comprend aisément, car cette maladie est un drame réel pour l’entourage, peut-être parfois plus que pour le patient lui-même.

Cette pathologie a une particularité, devenue très rare de nos jours, qui est de répondre à une définition exclusivement clinique : aucune analyse, aucune image n’est plus pertinente pour confirmer le diagnostic que les symptômes vécus par le patients et constatés par le clinicien. Aujourd’hui, il semble que les organismes sociaux ne savent définitivement plus officialiser un diagnostic sans le secours d’une image ou d’une analyse. Ainsi, devant le vide paraclinique de la maladie d’Alzheimer, les administrations ont pris la curieuse et fâcheuse habitude de confirmer l’existence de cette maladie par la présence d’une prescription médicamenteuse.

Ainsi, même avec un diagnostic clinique certain, la sécurité sociale refuse souvent la prise en charge à 100% s’il n’y a pas de prise médicamenteuse ! Situation d’autant plus cocasse que ces médicaments sont inutiles et coûteux.

Nous connaissions depuis longtemps l’effet placebo, fort utile à nos patients, et qu’il convient de respecter comme un élément indispensable du soin. L’intérêt majeur des placebos était leur totale innocuité.

Dans le cas de la maladie d’Alzheimer nous constatons une bien étrange extension de l’effet placebo puisqu’il s’exerce désormais, non plus sur le patient, mais sur son entourage et sur les organismes sociaux. Extension d’autant plus dramatique qu’à la différence des inoffensifs placebos d’antan, celui-ci est potentiellement dangereux pour le patient.

A l’époque de la médecine basée sur les preuves, cette curieuse extension de l’effet placebo nous plonge dans une grande perplexité sur l’étrange coévolution des sciences biomédicales et des systèmes socio-sanitaires.

Saluons tout de même le génie mercatique consistant à s’appuyer sur un drame médical et social et sur l’activisme désordonné qu’il suscite pour nous faire revenir aux temps obscurs où les placebos représentaient l’essentiel de notre arsenal pharmaceutique.

Relation médecin-patient hors-sujet

mercredi 26 octobre 2011

Avec la généralisation des essais randomisés dans les années 1960, la clinique a tenté d’accéder au rang de science exacte. Ensuite, l’explosion des technologies d’investigation somatique a encore plus largement contribué à cette quête d’exactitude.

Disons-le tout net, la science clinique, basée sur l’étude biostatistique de critères technologiquement mesurables, a presque réussi son pari d’entrer dans la cour des sciences dures.

L’effet collatéral de cette réussite est le recul de l’individualisation du soin. Recul dénoncé avec verve par de nombreux patients, médecins, sociologues et épistémologistes.

La relation médecin-patient est le thème de réflexion le plus souvent proposé par ces contempteurs pour atténuer cet effet secondaire des sciences biomédicales modernes.

L’idée de développer une discipline de la relation médecin-patient n’est pas mauvaise et j’y aurai volontiers souscrit si un rapide examen de ce nouvel « objet d’étude » ne m’avait conduit à une impasse pour son enseignement universitaire.

Cette relation médecin-patient se décompose aisément en quatre relations princeps issues de l’évolution biologique et sociale.

1/ la relation interindividuelle qu’il est fort difficile de formaliser tant elle repose sur des prédispositions innées. Quant à sa part acquise, elle résulte d’une suite d’essais-erreurs dont l’empirisme se prête mal au réductionnisme d’une science transmissible.

2/ La relation commerçant-client est plus triviale. Elle fonctionne assez bien et sans effort lorsque les deux acteurs ont une vision commune de la loi du marché. Son enseignement devient alors inutile.

3/ La relation d’expert à profane est la plus complexe. Ce très difficile problème de la transmission du savoir possède déjà sa discipline universitaire qui est la pédagogie. Progresser dans l’art de la vulgarisation est toujours possible. Regrettons cependant qu’aujourd’hui, en médecine, la vulgarisation s’effectue dans le sens inverse, du patient au médecin. Possible effet secondaire de la loi du marché.

4/ Enfin l’empathie ne s’apprend pas, elle est un pur produit de l’évolution des mammifères sociaux. La souffrance d’autrui déclenche une suite de comportements réflexes qui se manifestent par la compassion et des conduites d’assistance.  Il est logique de penser que l’expression phénotypique des gènes de l’altruisme et de la coopération est plus marquée chez ceux qui choisissent un métier du soin. Si cela n’était pas le cas, nous serions bien en peine, car il n’existe aucun moyen connu à ce jour pour forcer une expression phénotypique.

Puisqu’il est presqu’impossible de fonder une discipline universitaire de la relation médecin-patient, demandons-nous comment remédier à la désindividualisation du soin

La solution est de réintroduire encore plus de science exacte dans la médecine, car depuis son rêve d’exactitude des années 1960, elle s’est largement laissé déborder par ses patients son marché et sa démagogie qui sont devenus des promoteurs efficaces de l’inexactitude.

Si la médecine gagne encore en exactitude, elle s’arrêtera le plus souvent à la porte de l’individu, laissant alors libre cours à une relation humaine scientifiquement validée !

N’injuriez pas avec l’anus

samedi 22 octobre 2011

En termes évolutionnistes, l’anus est un achèvement parfait.

Chez les animaux dits « supérieurs », ce sphincter est une merveilleuse adaptation. La défécation différée est un moyen minutieusement sélectionné par la nature pour éviter la souillure des lieux de vie et de sommeil. Cela a permis d’éviter le contact avec les divers germes et miasmes qui pullulent dans les matières fécales, limitant ainsi la contagion.

Ce muscle annulaire est à la fois d’une grande puissance et d’une extrême précision. Il peut moduler son étreinte à l’envi et s’adapter en souplesse à tous les diamètres et débits défécatoires.

Une analyse microphysiologique poussée nous révèle la présence de nombreux récepteurs sensoriels très précis capables d’analyser la pression et le degré d’humidité d’un gaz, la nature liquide ou solide d’une matière. La réponse à ces stimuli est adaptée grâce à un mélange harmonieux de processus volontaires et involontaires.

Lorsqu’un automobiliste malotru croit vous insulter en évoquant verbalement ou gestuellement cet orifice à la précision quasi magique, il commet une erreur grossière.

Tenter alors de l’informer avec amabilité sur les prodiges fonctionnels de ce petit organe sera plus utile et plus pacifiste que de lui tendre l’autre joue.

Economie d’hier et santé d’aujourd’hui

vendredi 30 septembre 2011

« Pendant sa grossesse, la future mère ne doit pas se livrer à un travail pénible, ne pas porter de jarretières, de vêtements serrant la taille, mais un corset de grossesse, une ceinture soutenant le bas-ventre, un soutien-gorge. Elle a besoin de grand air, de repos au lit ; elle fera chaque jour une petite promenade. Son alimentation sera abondante : peu de viande ; pas d’épices, de conserves, d’aliments indigestes, de liqueurs, de café ; pas plus d’une bouteille de vin par jour. II faut combattre soigneusement la constipation, mais il ne faut pas de purgations. Dans les derniers mois, pétrir tous les jours les bouts de sein et les laver à l’eau de Cologne. »

Ce texte peut être lu sur les livrets de famille distribués aux jeunes mariés en 1940. Il est signé du Bureau Municipal d’Hygiène de Saint-Etienne.

En 1940, les gestantes pouvaient boire une bouteille de vin par jour avec l’agrément du ministère. Ne sourions pas de ce laxisme sanitaire, car il est inélégant de regarder hier avec les yeux d’aujourd’hui. L’analyse n’en reste pas moins intéressante. Un autre passage de ce même texte précise que 10% des nouveau-nés français mourraient au cours de la première année – quel progrès en un demi siècle ! – et cite parmi les deux causes majeures de ces morts prématurées, les maladies chroniques et l’alcoolisme des parents. Le problème de l’alcoolisme parental avait donc été bien identifié par les autorités sanitaires.

Le texte poursuit : « Tout ce qui éloigne l’enfant de sa mère le met en danger. L’envoyer en nourrice lui fait courir les plus grands risques de mort ou d’infirmités ; il meurt presque dix fois plus de nourrissons séparés de leur mère que d’enfants recevant le lait maternel. » Nous pourrions penser que la nourrice pouvait présenter un avantage en cas d’alcoolisme maternel, mais ce n’était pas le cas, car un peu plus loin, dans le chapitre concernant l’hygiène de la nourrice on peut lire : « Elle ne doit pas boire plus d’une bouteille de vin par jour ; jamais d’alcool, qui passe dans le lait et présente de graves dangers pour l’enfant. »

Nous voyons encore que le problème de l’alcool avait été bien identifié, mais que le vin n’était pas considéré comme de l’alcool. Le vin était, et reste, l’un des fleurons de l’économie française et de sa renommée internationale.

Aujourd’hui comme hier, les problèmes sanitaires sont bien identifiés. Seule leur formulation et leur vulgarisation diffèrent selon l’environnement économique et les besoins du marché. Que cela ne nous empêche pas aujourd’hui d’être certains que le vin est bon pour le système cardio-vasculaire et la bière excellente pour les nourrices.

Quant au tabac, nous avons désormais la certitude qu’il est mauvais pour tout. Comment expliquer avec nos mots d’aujourd’hui que sa consommation augmente considérablement chez les jeunes futures gestantes. Il nous faut attendre d’avoir les mots de demain.

Injustice des diagnostics

lundi 5 septembre 2011

Le diagnostic officiel de Jacques Chirac est celui d’anosognosie qui signifie la non reconnaissance par un patient de son état pathologique.

Ce rapport médical ne contient probablement que des vérités, il souffre cependant d’une grave lacune : l’anosognosie n’est pas une maladie mais un symptôme.

Quel que soit son intérêt ou son désintérêt pour l’épistémologie médicale, le professeur qui a officialisé ce diagnostic à l’intention des médias ne peut pas ignorer la différence entre une maladie et un symptôme.

D’après les dires de son entourage, notre ancien président souffre aussi de troubles importants de la mémoire immédiate, il ne reconnait pas les visages familiers (prosopagnosie) et n’est plus en prise avec la réalité (agnosie). Lors de diverses apparitions publiques, il a été facile de constater aussi sa perte des convenances et la levée des inhibitions les plus fondamentales.

Tous ces symptômes réunis chez le même patient ne laissent aucun doute sur le diagnostic réel que la plupart de mes confrères ont fait depuis longtemps.

 Jacques Chirac n’est donc pas atteint d’un symptôme unique au nom ésotérique et médiatique, mais d’une maladie fort courante dont tout médecin peut établir le diagnostic clinique avec certitude.

Il y a certainement des raisons très louables pour lesquelles ses médecins n’ont pas prononcé le nom de la maladie. La première est de ne pas heurter l’entourage qui ne souhaitait pas entendre ce nom, car il est des mots qui aggravent la douleur des proches. La seconde consiste à respecter un illustre personnage en ne l’affublant pas d’un diagnostic que l’on considère comme dévalorisant.

C’est ici qu’il convient de critiquer ce bulletin de santé. Il est en effet insultant pour tous les patients atteints de démence de suggérer un aspect péjoratif de cette pathologie. Cela est également irrespectueux pour la souffrance terrible et bien réelle de leur entourage. Enfin, cela est irrespectueux pour les médecins qui osent nommer et affronter cette terrible réalité avec les familles.

La maladie de Waldenström à laquelle avaient succombé le Shah D’Iran et les présidents Boumediene et Pompidou, avait fini par être assimilée à une maladie de chef d’état.

Le nom de Jacques Chirac ne sera pas ajouté à cette illustre liste, il viendra s’ajouter à celui de Ronald Reagan, Margaret Thatcher ou Annie Girardot.

Il est regrettable de ne pas prononcer le nom de démence vasculaire ou celui de maladie d’Alzheimer qui n’ont ni l’une ni l’autre de relation avec le statut social et les capacités cognitives passées des patients atteints. Ces manipulations grossières embrouillent le peuple et l’éloignent encore plus de la médecine et de la politique.

Le diagnostic ne sera pas le même selon que vous serez puissant ou misérable, on pourra déguiser un symptôme au nom complexe pour en faire une maladie.

Nul ne s’étonnera ensuite que le peuple dénonce une justice ou une médecine à deux vitesses, alors que l’injustice envahit aussi le domaine diagnostique.

Qui détient la médecine

mardi 30 août 2011

La médecine a deux buts : prolonger la vie et améliorer sa qualité. Comme pour toute science, la preuve est reine, tout le reste est littérature. Mesurer l’efficacité médicale au niveau d’une population, revient à calculer le nombre d’années de vies gagnées en corrigeant par le facteur de la qualité. De nos jours, seuls des sigles anglophones sont capables de nous fournir une unité de mesure : ce sont les QALY (quality adjusted life years)

Sortons donc notre double-décimètre…

Depuis son instauration, le permis à points a sauvé plus 25000 vies et évité autant de handicaps graves soit environ 2000 vies et 2000 handicaps par an.

L’année même de leur mise en place, les radars routiers ont permis de sauver 3000 vies.

Le tabagisme passif étant responsable d’environ 1% de la mortalité mondiale, plusieurs pays ont mis en place des lois anti-tabac dans les lieux publics. Les premiers résultats concrets de ces mesures surprennent tous les analystes. Entre 1500 et 2000 vies sauvées dès la première année en Angleterre, comme en France et une baisse moyenne de 15% des hospitalisations pour accident cardiaques dans tous les pays étudiés.

Les résultats du dépistage du cancer du sein sont plus difficiles à établir avec précision en raison de la multitude des paramètres à prendre en compte. Les statistiques les plus optimistes font état de quelques centaines de vie épargnées chaque année. Le traitement de ce même cancer évolué a permis de gagner deux années de vie en moyenne pour chaque patiente depuis vingt. Il s’agit ici de morts différées, contrairement à celles épargnées sur la route où l’on peut supposer que l’espérance de vie reste intacte après l’évitement de l’accident.

Les méta-analyses confirment que le dépistage du cancer de la prostate ne sauve aucune vie, et provoque une baisse de la qualité de vie. De même pour les traitements médicamenteux de l’hypertension ou du diabète de type 2 qui évitent quelques accidents vasculaires mais n’ont aucun impact sur la mortalité générale sur laquelle seule l’hygiène a une de vie a une influence.

 Si l’on juge la médecine à l’aune des années/qualité de vie qu’elle permet de faire gagner à une population donnée, il apparaît de façon claire, que depuis l’invention des vaccins et des antibiotiques, l’impact des médecins et de leur ministère est quasi négligeable comparé à celui des autres ministères. Le rapport est de 1 à 100 pour ne pas dire de 1 à 1000.

Cela va peut-être faire un peu de mal aux médecins, mais aussi conforter ceux pour qui la santé est un objectif prioritaire, en leur rappelant l’extrême simplicité, voire trivialité, archaïque de ce qui est vraiment bon pour la santé.

La seule véritable inconnue de toutes ces analyses est le pourcentage de ceux pour qui la santé est un objectif prioritaire.

Être sous

dimanche 7 août 2011

Prendre le train, prendre sa valise, prendre des photos ou prendre le pain et les enfants à l’école en revenant du boulot.

Le verbe prendre, décidément ubiquitaire, concerne aussi l’oralité primaire : prendre le sein ou son biberon, puis l’oralité secondaire : prendre l’apéritif ou reprendre du gigot.  

Lorsque l’on prend des vitamines, c’est pour prendre des forces.  Cependant, la plupart des produits pharmaceutiques pris oralement n’ont pas toujours cette connotation volontaire.  La disparition du verbe « prendre » signe une dépendance à la volonté du médecin.

Je suis « sous antidépresseurs ». Ces psychotropes  semblent n’être jamais pris. Le patient s’estompe sous une volonté qui le recouvre. Le patient qui se déclare sous antidépresseurs est probablement plus atteint que celui qui les prend.

« Prendre des antibiotiques » est quasiment l’aveu d’une automédication, alors qu’être  « sous antibiotiques » veut signifier la gravité du mal à l’entourage.

On ne prend presque jamais d’anticoagulants, on est « sous anticoagulants » pour bien marquer cette soumission à la médecine garante de la survie.

Pour l’insuline, où la soumission est pourtant définitive, les choses sont différentes, car le traitement a été si bien compris par le patient que le médecin en est exclu. Les patients ne sont pas sous insuline, ils la prennent et se l’injectent seuls.  Idéal de la réussite médicale : des patients qui ne sont pas « sous » ?

Personne n’est sous somnifère, mais on se vante d’en prendre de plus en plus, comme si l’insomnie était l’ennemie qu’il fallait intimider par ces actes de bravoure pharmaceutique. La même vanité entoure la prise de tranquillisants. Quant aux neuroleptiques, ni on est sous, ni on ne les prend, le patient donne juste le nom commercial d’un médicament qui ne doit appartenir à aucune famille.

Il est des classes pharmacologiques qui ne sont ni dominatrices, ni dominées, tels que les hypolipémiants, les antihypertenseurs, les hypoglycémiants oraux. Dans ces cas, on ne cite ni la famille, ni le nom commercial, mais seulement leur cible supposée. On prend des médicaments pour le cholestérol, la tension, le cœur, les artères. Dans ces cas, ni le patient, ni le médecin ne peuvent afficher leur suprématie définitive. Il y a comme un doute permanent, une sorte de statu quo de l’objectif thérapeutique.

Le langage parlé n’est jamais anodin.

Félicitons la bonne santé chronique de ceux qui affirment ne jamais rien prendre. Il faudra tenir compte de leur refus d’être « sous » influence en cas de détresse aigue. Lorsque leur langage sera devenu plus insignifiant que leur mal.

Prolactine, testostérone et viagra

lundi 11 juillet 2011

 Le saviez-vous ?

Tout homme, quel que soit son âge, mis en présence d’un nourrisson, a une augmentation de son taux de prolactine (hormone de l’allaitement) et une diminution de son taux de testostérone (hormone de la virilité).

Ce processus a été minutieusement mis en place par l’évolution biologique et sociobiologique au fil des millénaires pour augmenter les sources « d’attachement » au nourrisson en cas de carence maternelle temporaire ou définitive.

Ce phénomène est constaté avec la même régularité et la même intensité chez l’éleveur Massaï, le chasseur Hadza, le golden boy newyorkais ou le parrain russe. Tout homme subit une féminisation physiologique en présence d’un bébé. C’est comme cela.

Ainsi, lorsqu’un sexa ou septuagénaire vient en tapinois, réclamer son ordonnance de viagra, le médecin devrait lui poser la question de son environnement pédiatrique avant de procéder à un dosage de testostérone qui n’aura aucune signification. Ce dosage étant déjà, par ailleurs, sujet à caution, dans beaucoup de cas et à tout âge.

Devant les variations de testostérone et de prolactine, les manuels savants évoquent les plus complexes des pathologies et omettent cette origine qui est pourtant la plus ancienne et la plus constante.

Il ne reste alors que deux alternatives. Soit le papy prend un vrai comprimé de viagra et il risque de faire un accident cardiaque. Soit, ce qui est plus probable, il prend un faux comprimé – ce sont les plus nombreux actuellement vendus dans le monde – et il faut espérer que l’effet placebo lui donnera un peu de plaisir.

La médecine dans une société complexe est un art difficile et la sociobiologie est une science en souffrance.

Ajoutons que l’on ne sait plus à qui se fier puisque même les maffieux qui trafiquent du faux viagra voient leur taux de testostérone diminuer en présence d’un nourrisson.

Ingénierie de la toux

mardi 28 juin 2011

 Nous le savons désormais, les antitussifs et fluidifiants sont contre-indiqués ou non indiqués chez l’enfant comme chez l’adulte. Trois siècles de pratique thérapeutique viennent de s’effondrer. Grand-mères, pharmaciens et médecins doivent s’abstenir, la toux est aussi indispensable que la respiration et aucun remède ne peut en modifier le cours naturel si ce n’est dans le sens de l’aggravation. Ce symptôme persiste longtemps après les autres et ne peut devenir médical, au sens académique du terme, qu’après six semaines.

Une grande page de l’histoire de la pharmacie vient de se fermer. C’est souvent grâce à des  préparations magistrales contre la toux, validées par le Codex, que de nombreuses officines sont devenues des entreprises familiales puis des multinationales. 

Le souvenir des milliers d’antitussifs et de fluidifiants qui ont jalonné mes ordonnances, vient douloureusement réveiller mon vieux sentiment d’inutilité. Je remplaçais les produits conseils du pharmacien par des produits dits éthiques et tout aussi inutiles. Je n’avais même pas l’excuse du profit. A moins qu’ayant déjà tacitement compris le caractère nécessaire ou rebelle de la toux, mes inutiles prescriptions – j’ignorais alors qu’elles puissent être nuisibles – aient eu pour seul but de justifier les honoraires d’une inutile consultation. Double gabegie du paiement à l’acte.

Tout récemment, au hasard d’une lecture, j’ai découvert les propositions de l’homéopathie contre la toux.

Les produits doivent être des granules à 5 ou 7 CH à prendre par 3 et 3 fois par jour selon les caractéristiques de la toux. 

D’abord selon la cause déclenchante. En avalant : Bromium, en dormant : Lachesis, en touchant le larynx : Lachesis, à l’effort : Pulsatilla, au moindre courant d’air frais : Rumex Crispus, en parlant ou en riant : Stannum, pendant les règles : Zincum Metallicum, après coup de froid : Causticum, par allergie : Ipéca, par mouvement :  Bryonia 7CH, en entrant dans une pièce surchauffée : Bryonia, en s’allongeant : Drosera, en se baignant : Rhus Toxicodendron, en entrant dans une pièce froide : Rumex Crispus 7CH.

Puis selon la sensation du patient. Toux sèche : Bryonia, toux venant de l’estomac : Bryonia, poitrine pleine de mucus : Causticum, toux incessante ou par salves : Drosera Rotundifolia, irritation ou chatouillement de la trachée : Ipéca, grasse avec expectoration filante : Kalium Bichromicum, avec sensation de miette dans le larynx : Lachesis, toux grasse le jour et sèche la nuit : Pulsatilla, toux rauque, comme un chien qui aboie : Spongia, sensation de gorge écorchée : Argentum Nitric.

Enfin selon les autres symptômes. Voix rauque : Drosera Rotundifolia, expectoration difficile : Senega et Antimonium tartaricum, gorge sèche : Spongia, sans mucus : Drosera, avec mucus : cochenille.

 Les mathématiciens avouent que lorsqu’ils hésitent entre deux formules, la beauté de l’une peut être un élément en faveur de sa justesse.

La poésie de cette liste homéopathique peut-elle être un atout pour l’efficacité ?

Je l’ignore, mais je suis au moins certain de son innocuité.

Quant à l’ésotérisme clinique de cette liste, il nous ramène avec émotion quelques siècles en arrière, à l’époque où l’on ne savait même pas encore que l’on découvrirait un jour des médicaments inutiles contre la toux.

Maintenant que les antitussifs disparaissent, à juste titre, de l’arsenal médical, il ne reste que deux alternatives à l’abstention : la poésie en bobologie et la cortisone en situation extrême. Espérons que les praticiens ne confondent pas trop souvent les deux situations.