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Méningite versus rhume.

mardi 5 février 2013

Les méningites bactériennes sont dues principalement à trois germes (haemophilus, pneumocoque et méningocoque). Le nombre de morts infantiles avant les premières vaccinations variait autour de 100 par an.

La généralisation du vaccin anti-haemophilus, a fait grossièrement chuter le nombre de cas de  cette méningite de 600 à  40 par an en France et le nombre de morts de 50 à presque zéro.

Les résultats de la généralisation du vaccin anti-pneumocoque sont encore mal analysés.  L’estimation est une baisse des cas de 500 à 200 par an et un gain de 10 à 15 vies supplémentaires.

Les autorités sanitaires ont longtemps hésité à recommander le nouveau vaccin contre le méningocoque type C, car cette méningite est rare en France où le type B prédomine.

La mortalité de ces 3 méningites bactériennes est actuellement de 20 à 30 par an en France et la généralisation de ce nouveau vaccin peut permettre de gagner jusqu’à 10 vies de plus.

Avec cette information éclairée, les médecins et les parents peuvent décider. Les fanatiques anti-vaccinations trouveront  le résultat bien faible, les autres estimeront que dix vies d’enfants n’ont pas de prix. Personnellement je suis favorable à toutes les vaccinations, car leur rapport bénéfices/risques s’est toujours révélé positif à ce jour.

Parlons maintenant de la rhino-pharyngite. Nous avons une certitude : elle ne tue jamais. Nous avons une deuxième certitude : les antihistaminiques, antitussifs et vasoconstricteurs n’ont pas plus d’influence sur le cours naturel de cette maladie que tous les placebos connus depuis l’antiquité.

Ces médicaments ont un rapport bénéfices/risques négatif et ils occasionnent de nombreux incidents et quelques morts d’enfants chaque année.  Ce sont le plus souvent des erreurs de dosage ou une confusion entre médicaments pour adultes et pour enfants. Nous ignorons le nombre exact, car notre pharmacovigilance est médiocre et la responsabilité de certains antihistaminiques dans la mort subite du nourrisson est encore mal évaluée.

Notre ministère a raison de vouloir généraliser le vaccin anti méningite C pour gagner dix vies. Mais alors pourquoi donc repousse-t-il depuis si longtemps la suppression définitive de ces médicaments  inutiles et dangereux ?

Vouloir bannir toute la pharmacopée du rhume peut sembler aussi fanatique que de s’opposer au vaccin contre le méningocoque C. Pourtant, en termes d’épidémiologie raisonnée et de risque individuel, nous devrions convaincre les parents que vacciner contre le méningocoque C et cesser toute médicamentation du rhume de nos enfants sont deux actions aussi dérisoires et aussi utiles l’une que l’autre.

Cela s’appelle de la médecine basée sur les preuves.

Incidentalomes

mardi 29 janvier 2013

Depuis toujours, les hommes ont su définir la « Maladie » selon des critères vécus qui se résument à trois : douleur et/ou impotence fonctionnelle pour les maladies aiguës, et une limitation des projets de vie pour les maladies chroniques.

Avec les progrès biomédicaux, avec le développement de la notion de « facteur de risque » et avec l’avènement du principe de précaution, la médecine a créé un nouveau registre pathologique : celui des maladies potentielles.

Ces nouvelles maladies sont totalement déconnectées du vécu des patients qui n’ont jamais éprouvé ni douleur, ni impotence quelconque.

Pourtant, de façon cocasse, les hommes finissent par assumer ces nouvelles maladies avec une conviction qui étonnerait tout observateur candide. Comment allez-vous ? Mal, j’ai de mauvaises analyses. Mal, j’ai une image suspecte. Mal, j’ai un facteur de risque, etc.

Les médecins affirment que ces nouvelles maladies ne restent pas toujours potentielles. Ils ont raison, tous les porteurs d’une maladie potentielle ou d’une maladie vécue finissent par mourir un jour…

Cet humour noir serait déplacé si le développement fulgurant de l’imagerie et de la biologie moléculaire n’avait fait apparaître, en plus des maladies vécues et des maladies potentielles, un troisième registre virtuel que les radiologues ont nommé « incidentalomes ».

Ce sont des images découvertes par hasard alors que l’on cherchait autre chose. Environ 3% des personnes scannérisées sont porteuses de kystes biliaires non fonctionnels. De la même façon, les adénomes silencieux de la surrénale ou de l’hypophyse peuvent concerner jusqu’à 5% de la population. La physiologie de ces glandes restant normale tant au niveau vécu qu’au niveau biomédical.

Ce terme d’incidentalome peut s’appliquer de la même façon à des résultats biologiques sans autre lien avec la réalité que celui d’un hasard ou d’une aberration statistique.

Hélas, ces incidentalomes sont parfois sources d’interrogations pour le médecin et d’anxiété pour les patients. Ils génèrent de nouveaux examens complémentaires de contrôle qui génèrent à leur tour un lot incompressible d’incidentalomes.

Ainsi l’allégeance du vécu au modèle biomédical vient effectivement de générer un troisième registre de maladies. Ce sont des maladies sans douleur, sans impotence fonctionnelle, sans limitation des projets de vie et sans signification biomédicale.

Il faut prendre la chose très au sérieux, car tous les porteurs d’incidentalomes finissent par mourir un jour.

Je vous aurai prévenus.

Juste une pilule d’épidémiologie.

jeudi 17 janvier 2013

Toutes les pilules de la 1ère à la Nième génération ont toujours eu comme effet secondaire néfaste de favoriser les accidents vasculaires (thromboses, phlébites, embolies, infarctus, AVC, etc.) Le risque est de 3 accidents vasculaires (AV) sur 10 000 avec les pilules de première et deuxième générations et de 4/10 000 avec les générations 3 et 4.

C’est pourquoi nous ne devions pas prescrire la pilule en cas d’antécédents familiaux ou personnels de phlébite ou AV quelconque et dans certaines anomalies génétiques de l’hémostase.

L’autre contre-indication à la prescription de pilule est le tabagisme qui fait brutalement monter le risque d’accident vasculaire à 15 ou 20/10 000.

Sachant que le risque naturel d’AV est de 1/10 000 pour toute jeune femme, voyons les différentes façons de signifier l’augmentation du risque.

Les pilules de générations 1 et 2 multiplient par 3 le risque d’AV. Ces pilules augmentent donc le risque de 200%.

Les pilules G3 et G4 multiplient par 4 le risque d’AV. Elles augmentent donc ce risque de 300%.

Peu importe la génération du contraceptif, dans tous les cas, l’augmentation du risque est considérable. En thérapeutique, on ne parle pas de risque, mais toujours d’augmentation ou de diminution de risque.

Transformons-nous maintenant en avocat du diable, en vulgarisateur de l’épidémiologie, en contempteur des risques et en critique de nos bien modestes exploits pharmaceutiques.

Une jeune femme qui prend une pilule G1 ou G2 a 9997 chances sur 10 000 de ne pas avoir un AV et cette chance tombe à 9996 sur 10 000 avec une pilule G3 ou G4.

Une jeune femme qui fume et prend la pilule a 9980 chances sur 10 000 de ne pas faire d’AV.

Je ne dis pas cela pour encourager toutes les femmes à fumer et à prendre la pilule sans aucune retenue ni précaution, car je serais un médecin assassin.

Continuons… Un médicament qui diminuerait de 50% le risque d’AV aurait un succès commercial immédiat et ferait la Une de tous les médias. Il ferait passer le risque d’AV de 1/10 000 à 0.5/10 000 et la chance de ne pas en faire de 9999/10 000 à 9999,5 /10 000. Espérons seulement qu’un tel médicament n’ait pas trop d’effets secondaires, car son bénéfice serait vite inférieur à son risque.

Tous les médicaments prescrits aujourd’hui le sont pour des réductions de risque de l’ordre de 20% à 50% et ils ont le succès que vous savez !!

Alors pourquoi prescrit-on des pilules qui augmentent un risque de 200% ou 300% ? La question est évidemment stupide et la réponse réside dans le bénéfice social de la pilule. Ce bénéfice est-il si considérable qu’il doive faire oublier tous les risques ?

Non bien sûr, mais le bénéfice social est tel que les jeunes femmes qui viennent chercher la pilule et les médecins qui la leur prescrivent n’entrent pas dans ces subtiles considérations épidémiologiques. Là n’est pas leur préoccupation de l’instant.

Malgré ma démonstration que la pilule est « médicalement » et « épidémiologiquement » très dangereuse, les médecins ont une obligation sociale à la prescrire.

Nous devons juste regretter qu’ils remplissent rarement leurs trois devoirs médicaux devant cette obligation sociale :

–          Demander à la jeune femme de ne pas fumer, car c’est le seul facteur vraiment tangible d’augmentation de risque.

–          Prescrire la pilule la plus ancienne, car la nouveauté à l’intérieur d’une classe pharmacologique existante est très rarement un gage de progrès réel.

–          Essayer d’encourager la pose d’un stérilet, car c’est une méthode contraceptive qui offre un rapport bénéfice/risque supérieur à celui de la pilule à tout âge.

Pathologie culturelle

vendredi 4 janvier 2013

Après les génocides du XX° siècle, les scientifiques développèrent une véritable phobie autour de la notion de race. Il fallait priver les dictateurs et eugénistes de tout argument inspiré par la science.

Fort heureusement, les progrès rapides de la biologie permirent d’éliminer définitivement la notion de race génétique. La diversité des génomes était telle qu’il y avait autant de différence entre deux personnes du même terroir qu’entre deux personnes vivant aux antipodes.

Malgré cette disparition des génotypes, force était de reconnaître la persistance des phénotypes. Les cheveux bruns et crépus, la petite taille et la peau noire étaient des caractères plus fréquents chez les Pygmées que chez les Suédois. D’importantes différences culturelles persistaient également, les Touaregs étaient plus nomades que les Crétois et les Inuits plus chasseurs que les Londoniens. On s’efforça alors de répéter que les Suédois sont aussi intelligents que les Pygmées, les Crétois aussi chaleureux que les Inuits et les Touaregs aussi beaux que les Londoniens, afin d’être lavé de tout reliquat de racisme.

La pathologie, souvent liée à l’alimentation, à l’environnement parasitaire ou aux modes de vie est aussi un élément de différenciation. L’obésité, le paludisme et la dépression ont des répartitions populationnelles très inégales.

Mais les plus grands facteurs de différenciation pathologique semblent être politiques et socioprofessionnels. Par exemple un fonctionnaire territorial Corse a en moyenne quarante-cinq (45) jours d’arrêt maladie par an, alors qu’un salarié Lillois du secteur privé en a un et demi (1,5). Même la prévalence de la tuberculose ne présente jamais un tel coefficient multiplicateur de trente entre deux populations.

La qualité de l’eau, l’hygiène alimentaire, les conditions de travail et la couverture vaccinale étant identiques dans les départements du Nord et de la Corse, ce différentiel doit avoir d’autres causes. D’autant plus que la Corse n’est pas un désert médical. Affirmer que les Corses ou les employés territoriaux sont plus fainéants serait malveillant et inexact. Il serait plus pertinent de rechercher une étiologie socio-culturelle de la Corse ou de la fonction territoriale qui ne favorise pas l’épanouissement par le travail.

Etonnamment, malgré l’inutile multiplication de spécialités et sous-spécialités validées par les facultés de médecine, il n’existe toujours pas de diplôme universitaire de pathologie socio-culturelle .

L’académie de médecine devrait s’inspirer de La Poste qui semble avoir compris la première où étaient les risques de contamination : les boîtes aux lettres sont clairement séparées, l’une pour votre département et l’autre où est inscrit « autres départements, étranger ».

Adage d’hiver

lundi 17 décembre 2012

« Un  rhume dure une semaine sans soins et 7 jours avec soins ». Les adages sont le vif argent de la sagesse populaire. Dans le cas du rhume, alias coryza, rhinopharyngite ou rhinite, l’adage n’est pas très sage.

En effet, il est beaucoup plus dangereux de soigner un rhume que de s’en abstenir. Tous les traitements par voie nasale ou buccale présentent un rapport bénéfice/risque très défavorable.

Il convient de rappeler qu’au décours d’un rhume, l’épaississement du mucus est normal ainsi que sa couleur jaunâtre ou verdâtre qui n’est pas un signe d’infection.

L’oreille rouge est également normale chez l’enfant, comme les douleurs sinusiennes chez l’adulte. Rien de tout cela ne nécessite un traitement pour surinfection auto-proclamée.  Quant à la toux, sa persistance pendant plusieurs semaines fait partie de l’évolution normale de cette pathologie hivernale qui touche chaque adulte sain en moyenne une à deux fois par an, contre deux à six fois pour un enfant sain.

Cela peut sembler parfois trop. Alors pourquoi se priver de médicaments pour atténuer les symptômes gênants ? L’idée me paraît bonne. Hélas la science exacte (s’il en est) confirme deux types de faits. La plupart des médicaments utilisés ne sont pas plus efficaces que les placebos et la grande majorité d’entre eux ont des effets secondaires particulièrement dangereux.

Aucun sirop antitussif, antihistaminique, expectorant ou mucolytique n’a jamais démontré une action supérieure à une cuiller de miel donnée par une main amie. C’est ainsi. Par contre, de nombreux antitussifs et antihistaminiques provoquent des accidents cardio-vasculaires, troubles de la conscience, convulsions, et autres misères bien moins rares que l’on ne voudrait le croire.

Savez-vous que la généralisation de l’excellent vaccin contre la méningite C sauverait à peine plus de vies d’enfants en France que l’arrêt total des médicaments du rhume ?

La palme revient aux vaso-constricteurs dérivés de l’éphédrine utilisés par voie nasale. Le bref soulagement qu’ils procurent se paie souvent au prix fort. Aux accidents précédemment cités, il faut ajouter la rétention urinaire aiguë sur adénome de la prostate, et la dépendance à vie avec destruction de la muqueuse nasale.

La question est : pourquoi ces vasoconstricteurs nasaux sont-ils en vente libre ? Il n’y a pas de réponse intelligente à cette question, comme à toutes les questions autour de l’articulation entre la santé et le marché.

Cependant, il y a un espoir, car la commission nationale de pharmacovigilance vient de se prononcer en faveur de l’inscription de ces médicaments sur la liste des produits à prescription obligatoire. Attendons l’application éventuelle de cette recommandation.

Dans cette attente, en cas de rhume, l’adage populaire est trop timide, il faut absolument éviter le médecin et le pharmacien. Sauf ceux qui se contentent du sérum physiologique et du paracétamol comme médiateurs de soins pour leurs patients les plus réticents à l’abstention totale.

Déficits légers

lundi 3 décembre 2012

Avec les années, je constate que ma peau est moins élastique, plus rêche, et plus constellée de taches diverses. Je suppose que je dois être atteint d’un déficit cutané léger lié à l’âge.

Je constate également une perte d’audition sur les graves et une moins bonne discrimination auditive dans un contexte bruyant. Je crois savoir que ce phénomène est lié à un déficit auditif normal pour mon âge.

Je sais aussi que la difficulté que j’éprouve à lire de près est due à la perte d’élasticité de mon cristallin.

Au-delà de ma peau et de mon cristallin, il semble bien que cette perte d’élasticité concerne également mes tendons et mes cartilages.

Je ne voudrais pas me voiler la face et j’ai bien peur que la perte d’élasticité ne soit un trait lié à la sénescence de divers tissus biologiques chez l’homme, comme chez l’animal.

Cependant – et ce n’est pas pour me vanter – j’ai parfois l’impression que mon cerveau subit plus lentement toutes ces avanies, et je me sens moins « écervelé » que par le passé. La plasticité neuronale serait-elle moins dépendante de l’âge que l’élasticité mécanique ? Je n’ai pas les compétences pour répondre à cette question.

D’autres que moi ont les compétences requises, car ils affirment que le déficit cognitif léger (DCL) n’a rien à voir avec le déficit cutané léger ou le déficit cartilagineux léger.

La chose doit être scientifiquement très sérieuse, car c’est désormais un terme américain qui est utilisé pour en parler : mild cognitive impairment (MCI). Le nombre d’études publiées sur le MCI est entrain de rivaliser avec celui des études sur l’hypercholestérolémie.

Sans vouloir me vanter davantage, j’ai l’impression que l’on cherche à nous alerter sur les liens possibles entre le MCI et une maladie plus grave et plus anxiogène…

Les lecteurs qui trouveront le nom de cette maladie n’ont rien à craindre, ils ne sont pas encore atteints par le MCI, même s’ils ne se rappellent plus où diable ils ont bien pu lire le dernier article qui en parlait.

Pour toute la vie

samedi 24 novembre 2012

Mon petit-fils de trois ans venait d’écraser une fourmi. Constatant qu’elle ne bougeait plus, il tourne vers moi un regard inquiet. « Elle est morte » lui dis-je. Il me demande alors si elle est morte pour toute la vie. Réprimant un sourire inadéquat en pareille circonstance, je lui réponds qu’il a parfaitement raison, elle est bien morte pour toute la vie.

Le lendemain, je pensais encore à ce bon mot, en renouvelant les prescriptions de patients à qui l’on avait bien dit de prendre leurs hypocholestérolémiants, leurs hypoglycémiants ou leurs antihypertenseurs pour toute la vie.

Seuls deux ou trois traitements, comme l’insuline chez les vrais diabétiques de type 1, doivent être pris pour toute la vie. La formulation de « traitement à vie » est probablement perçue comme un succédané de l’éternité qui rassure certains patients. Prévenir la mort par d’illusoires incantations ou de naïves pharmacologies « à vie » est assimilable à un mode de vie. Malgré mes critiques, j’ignore toujours si ce comportement est anxiogène ou apaisant.

Depuis que ces patients, encouragés par les marchands, les médias et leurs ministères m’ont assigné à prescrire des « traitements à vie », l’espace de mon libre-arbitre est de plus en plus restreint ; je lui ouvre parfois l’humour pour qu’il s’y ébroue un peu.

J’avais donc envie de paraphraser mon petit-fils en leur affirmant que quand on est vivant, c’est bien pour toute la vie. Au risque d’être incompris.

Appelez vite le SAMU

jeudi 8 novembre 2012

Depuis peu, France Inter diffuse un message sur l’accident vasculaire cérébral (AVC), au prétexte que cette pathologie est devenue l’une des premières causes de mortalité en Occident.

Nous savions depuis plus d’un siècle que l’hypertension en était le principal facteur de risque. C’est pourquoi, les médecins disciplinés, alertés par de précédents messages, ont  prescrit chaque jour des tonnes d’anti-hypertenseurs.

Malgré cette précaution, la persistance des AVC nous obligea à réfléchir plus intensément.

La première idée fut de considérer que les chiffres de l’hypertension étaient faux. Les diagnostics étaient trop timides. Il fallait traiter des chiffres de pression artérielle beaucoup plus bas, car nul ne doutait qu’il existât une pression en dessous de laquelle il n’y aurait plus jamais d’AVC…

Comment la pharmacologie avait-elle pu négliger une telle évidence ?

Les médecins ont donc redoublé leurs efforts jusqu’à traiter la moitié de la population adulte (14 millions de personnes traitées aujourd’hui en France). L’effort de prévention a été planétaire puisque le marché mondial des antihypertenseurs approche les trente milliards de dollars.

Pourtant, malgré ces tonnes et ces milliards, l’AVC continue de caracoler en tête de la mortalité. Qu’avons-nous encore négligé pour que cet échec nous contraigne à alerter l’humanité sur les risques majeurs qu’elle court, au point de reléguer les infections tropicales à de la littérature ?

La pharmacologie vient enfin de trouver les trois raisons principales de cet échec. Elles viennent de nous être révélées par la Fédération Française de Cardiologie dans le cahier N° 21081 du très sérieux journal « Le Monde » daté du 30/10/2012.

1/ Les AVC surviennent de plus en plus jeune, c’est donc qu’il ne suffisait pas de traiter de plus en plus bas, il fallait traiter de plus en plus tôt.

2/ Les patients ne prennent pas assez de médicaments, car leurs médecins n’associent pas assez de classes thérapeutiques. Parfois des patients inconscients oublient de prendre leurs médicaments, ou les arrêtent parce que le traitement est trop cher ou mal toléré.

3/ Enfin, et surtout, les médecins sont trop inertes face à ce problème. Rien qu’en France, il y a encore quatre millions d’hypertendus sans traitement. En toute liberté ! Je vous laisse imaginer combien il y en a en Chine et au Nigeria. Certains médecins vont même jusqu’à penser que si le tonnage des anti-hypertenseurs n’a pas d’effets notoires sur les AVC, c’est peut-être que cette pathologie a des causes plus précises, telles que l’arythmie, ou plus générales, telles que les modes de vie. Ces médecins-là sont aussi en liberté.

Maintenant, je comprends mieux l’étonnante teneur du message de France Inter : « Dès que vous êtes témoins d’une bouche tordue, d’une difficulté à parler ou à marcher, chez l’un de vos concitoyens, appelez vite le SAMU. » Il faut désormais éviter les médecins qui risquent de négliger votre AVC comme ils ont négligé l’hypertension préalable qui l’a provoqué. Le SAMU débouchera vos artères en urgence, ainsi la mort qui n’avait pas été anticipée par votre médecin négligeant, pourra être évitée.

Malgré la honte qui m’accable, je suis ravi de savoir que le problème des AVC va pouvoir enfin être réglé. Ce message fait suite à ceux d’octobre rose sur le cancer du sein. Les dépistages généralisés de plus en plus précoces vont donc éradiquer tous les cancers et toutes les maladies cardio-vasculaires.

La mort n’aura désormais qu’une seule cause : la vieillesse. Les symptômes d’alerte médiatique pourront alors être encore plus simples : « si vous constatez que quelqu’un est vieux… »

D’ici là, n’égarez pas le numéro du SAMU…

Après l’étude de Tuskegee

vendredi 19 octobre 2012

En 1932, à Tuskegee en Alabama, quelques médecins américains souhaitèrent étudier plus à fond la syphilis, un des deux fléaux d’alors avec la tuberculose.

Leur étude visait tous les stades évolutifs de la syphilis et de ses complications, par l’examen détaillé des signes cliniques biologiques et radiologiques, jusqu’à l’autopsie finale des patients.

Pour en observer l’évolution « naturelle », il fallait supprimer tous les traitements et laisser les patients vaquer à leurs occupations. Si nous jugeons cela avec les yeux de cette époque où les traitements, à base d’arsenic,  étaient toxiques et peu efficaces, l’éthique est presque sauve.

Ils avaient sélectionné un groupe de métayers afro-américains, c’est une façon élégante de dire de « pauvres noirs ». Même avec les lunettes de l’époque, l’éthique venait de prendre un premier mauvais coup. Soyons encore indulgents puisque les patients recevaient un repas chaud par jour ainsi que des soins gratuits pour leurs autres maladies. La famille recevait même 100 dollars pour les obsèques, à condition de donner son accord pour l’autopsie.

En 1943, la découverte de la pénicilline fit faire un bond historique à la médecine. Ce médicament se révéla immédiatement efficace sur toutes les formes de syphilis et fit disparaître ce fléau en quelques décennies… Sans résistance connue à ce jour.

Les chercheurs de l’étude de Tuskegee ont alors dissimulé les informations sur la pénicilline à leurs patients. Ils ont même réussi à les faire dispenser de la guerre en cours, car l’armée soignait ses soldats avec la pénicilline, ce qui aurait perturbé l’étude. Là, nous ne pouvons plus pardonner, mais nous voulons trouver une circonstance atténuante dans cette guerre terrible où les morts par milliers pouvaient rendre dérisoires les souffrances terminales de quelques patients syphilitiques.

Pourtant, la paix ne modifia pas leur entêtement, puisque cet essai clinique s’est prolongé pendant trente ans. Ici, ni pardon, ni circonstance atténuante. En 1967, un médecin de santé publique du nom de Peter Buxtun, avait alerté les autorités, sans succès, jusqu’à ce qu’il parvienne à faire éclater le scandale par la presse en 1972.

L’intérêt historique de cette étude est d’être à l’origine de l’adaptation des lois de bioéthique aux essais cliniques et de la création des organismes de contrôle des expérimentations humaines à la fin des années 1970.

Elle présente deux autres intérêts moins souvent relevés.

Les « gentils » étaient alors les industriels qui avaient mis au point un traitement miraculeux que de « méchants » médecins interdisaient à leurs patients. Aujourd’hui, la situation est inverse, il faut tricher pour donner des traitements aux bien-portants. Les nouvelles lois de bioéthique ayant « dispersé » les « méchants », l’industrie n’a aucune peine à trouver les « coquins » qui leur succèdent. C’est simplement plus cher.

Cette histoire nous révèle enfin que l’éthique ne semble pas être innée chez les normatifs, puisque l’administration l’ignore tant qu’elle n’a pas été contrainte de pondre des lois pour la définir. C’est pour cela que les affaires et les scandales continuent, puisqu’il subsiste de nombreux registres et sous-registres où la loi reste à (ré) inventer, à défaut de morale primate.

Merci aux normopathes et aux nosophobes

jeudi 4 octobre 2012

La normopathie se définit comme le trait d’une personnalité qui se conforme aux normes sociales de son époque sans se poser de questions, ni éprouver de culpabilité, de contrainte ou de frustration.  Sans que, jamais, sa subjectivité ne s’exprime d’une quelconque manière.

Même le mal, lorsqu’il est érigé en dogme, comme ce fut le cas à certaines périodes de l’Histoire, peut se répandre sans résistance chez les normopathes. C’est ce qu’a évoqué Hannah Arrendt, spécialiste des dictatures et génocides du XX° siècle, sous le terme de « banalité du mal ».

Pour l’ingénierie biomédicale qui a désormais remplacé la médecine clinique, le normopathe est un patient idéal qui se conforme à tous les mots diagnostiques et à toutes les décisions thérapeutiques sans jamais émettre le moindre doute. Le normopathe finit par ne plus savoir s’il est porteur d’une maladie individuelle, car ses douleurs et ses symptômes sont ceux que la médecine lui a attribués.

Après un scanner, le normopathe perd sa souffrance subjective pour assumer celle que lui dicte la subjectivité du radiologue. Le normopathe accepte sans rechigner toutes les amputations des parties de son corps où l’anatomopathologiste a détecté une cellule suspecte.

Son cousin, le nosophobe diffère par la part de rêve et de romantisme dont le normopathe est dépourvu. La nosophobie (noso = maladie) est la peur omniprésente d’attraper la maladie dont on parle. Beaucoup d’étudiants en médecine ont eu une courte période de nosophobie devant l’énumération sans fin des maladies possibles. Le nosophobe se soumet à tous les dépistages organisés, sa peur du H5N1 ou d’autres virus est proportionnelle à la durée de leur exposition médiatique, il ressent les déficits cognitifs et les excès de cholestérol dès que les épouvantails pharmaceutiques les brandissent.

Les normopathes et les nosophobes sont une aubaine pour le commerce médical, car ils permettent de multiplier les actes à l’envi. Dans notre système inflationniste de paiement à l’acte, indépendant de la teneur de l’acte, les normopathes et les nosophobes finissent toujours par dompter les praticiens les plus récalcitrants au lucre… Ma maison, comme celle de mes confrères médecins, radiologues ou chirurgiens a été largement financée par les normopathes et les nosophobes. Nous ne les remercierons jamais assez.

Le ministère de la santé devrait tenter d’éradiquer la nosophobie avant même de s’attaquer à toutes les autres pathologies. La Sécurité Sociale devrait faire la chasse aux normopathes, ces dilapidateurs de deniers publics. Or, il n’en est rien, le Ministère stimule la nosophobie par le truchement des médias qui relaient sa démagogie et la Sécurité Sociale donne des primes aux médecins qui dépistent les maladies inconsistantes que les normopathes endosseront avec discipline. Allez comprendre !

On ne peut même plus montrer du doigt les médecins cupides qui s’engraissent sur le dos des normopathes et des nosophobes, car ils le font avec la bénédiction du Ministère et les encouragements de la Sécurité Sociale

Et toujours plus de résidences secondaires vacantes, ouvertes deux semaines par an, vont venir polluer notre littoral.