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Inné ou acquis ?

mardi 9 décembre 2014

Les caractères individuels ont toujours alimenté de vigoureux débats sur les parts respectives de l’inné et de l’acquis. Les attributs physiques étant plutôt considérés comme hérités et les caractéristiques mentales plus dépendantes de l’environnement. Avant les règnes de la microbiologie, de la psychanalyse et de la génétique, on avait l’asthme de sa grand-mère, la goutte de son grand-père, l’alcoolisme de son père et la mélancolie de sa mère. Etrangement, on héritait aussi de la tuberculose ou de la syphilis de ses ancêtres !

Pasteur, le premier, a réussi à disculper les parents des infections de leurs descendants.

Avec Freud, l’hérédité et les microbes ont reperdu le terrain qu’ils avaient gagné. Il n’y eut plus le moindre symptôme qui puisse échapper aux fautes parentales, surtout maternelles. Pauvre mère désemparée, voyant ses enfants « pansexuels » succomber sous les fantasmes du psychanalyste.

Puis la génétique a soufflé toutes ces fadaises avec sa double hélice d’ADN. Les maladies monogéniques ont été identifiées en quelques décennies, et comme elles étaient rares, on a recherché les prédispositions génétiques à toutes les pathologies et perversions. L’industrie s’est emparée des gènes avec la voracité d’une puissance coloniale, avec l’espoir de breveter les gènes de l’autisme, du tabagisme, du cancer ou du crime, et de vendre les thérapies géniques correspondantes.  La déception a été à la hauteur des espérances.

Avec la montée en puissance de l’épigénétique, les environnementalistes reprennent le dessus. Les comportements des parents redeviennent la cause des maux. L’obésité n’a plus de gènes, elle a désormais des « épigènes » fabriqués par des parents gloutons qui le transmettent à plusieurs générations. Les obèses ne sont plus coupables de leurs excès, mais de ceux de leurs aïeuls.

Revanche des psychanalystes, les mères sont redevenues coupables, lorsqu’elles sont stressées avant ou pendant la grossesse, elles transmettent un épigénome de stress à leurs descendants, et majorent leur risque de névroses et psychoses. Mais le stress n’est-il pas environnemental ?

On découvre enfin qu’un même gène s’exprime différemment lorsque l’environnement change : un gène avantageux dans tel contexte devient délétère dans un autre. Le « gène économe » est celui qui permettait aux humains de supporter les famines en développant l’insulinorésistance, puis avec l’invasion des sucres rapides, ce gène fait des ravages en provoquant le diabète de type 2, l’obésité, la myopie et tant d’autres misères visibles sur les bancs de nos écoles.

On nomme « plasticité phénotypique », cette faculté des organismes à modifier l’expression de l’hérédité et les influences de l’environnement. Une sorte de souplesse adaptative.

Les caractères individuels dépendent désormais de trois facteurs : l’inné, l’acquis et la souplesse.

D’où l’intérêt de faire de l’exercice.

Références

Les médecins pourront signer d’une croix

lundi 10 novembre 2014

Le ministère de la santé anglais vient d’émettre le projet de verser 55 Livres (70 €) aux médecins à chaque nouveau diagnostic d’Alzheimer ou de démence quelconque. L’idée sous-jacente étant qu’il y aurait au moins 800 000 patients non diagnostiqués.

Payer les médecins pour faire des diagnostics est une idée assez originale… Mon garagiste en a été surpris, lui qui ne s’est jamais véritablement demandé pourquoi on le payait.

J’avais envie de me moquer des anglais pour sacrifier à la tradition, mais je constate que les médecins anglais ont réagi très violemment à ce projet, comme l’auraient sans doute fait mes confrères français. Mais qu’ont-ils donc ces médecins qui refusent de l’argent facile ?

Le raisonnement que je vous propose ici, ne peut valoir que ce que vaut celui d’un médecin incompétent à faire des diagnostics…

Mes confrères incapables laissent donc 800 000 déments courir en liberté et sans soins. J’en profite pour dire ici que si j’avais un jour une démence, je choisirai certainement une démence sans diagnostic, qui me paraît, a priori, être plus sympathique.

Non les médecins ne sont pas des imbéciles, rétorquent de grands spécialistes, garantis sans conflit d’intérêts, mais le diagnostic de pré-démence est très difficile à faire. Ils ont raison, ce diagnostic est aussi difficile à faire que celui de pré-schizophrénie, de pré-hypertension, de pré-asthme ou de pré-diarrhée…

Puisque les médecins ne sont pas des imbéciles et que la pré-démence est impossible à diagnostiquer, voyons ce que l’on peut faire… A ce stade du raisonnement, y a-t-il déjà quelqu’un qui se demande quel  intérêt a le ministère à créer une épidémie de démence ? Peu importe, la solution est de compter sur la vénalité des médecins pour forcer cet impossible diagnostic.

Le ministère a pensé comme Pierre Desproges : ou bien les médecins sont imbéciles et vénaux et ça m’étonnerait quand même un peu, ou bien ils ne le sont pas et ça m’étonnerait quand même beaucoup.

Peut-être que les médecins, dans un ultime élan de lucidité se rendent compte que 70 €, même multiplié par cent ou deux-cents diagnostics incertains, ne pourront jamais suffire à assurer leur formation à une bonne connaissance de la pré-démence ?

Devant de telles propositions, ils n’ont que deux solutions honorables, soit ils exigent au moins dix mille euros par diagnostic, soit ils acceptent leur incapacité définitive à faire un tel diagnostic.

La logique dictant aussi de reconnaître qu’ils peuvent aussi être eux-mêmes atteints d’une pré-démence méconnue et risquer de se tromper. Mais dans ce cas, ceux qui ont soufflé cette idée au ministère penseront qu’une incapacité cognitive des médecins serait sans importance, car ils pourraient facilement accepter quelques euros pour signer d’une croix en bas d’une feuille de diagnostic préétabli.

Références

Marchons, marchons, qu’un sang…

mardi 28 octobre 2014

Nous savons depuis longtemps que la marche modérée et régulière diminue le risque de maladie cardio-vasculaires, d’obésité et de troubles métaboliques (sucre, cholestérol). Les publications sur les bienfaits de la marche sont peu sponsorisées et peu valorisantes pour leurs auteurs, il en existe cependant des centaines dont les méta-analyses apportent le niveau de preuve le plus élevé qui soit.

Pour bien évaluer les bénéfices de la marche, il faut la comparer avec des médicaments tels que les statines qui sont les plus utilisées dans le monde. Chez les hypertendus, les statines diminuent les maladies cardio-vasculaires de 20% et la mortalité de 12%, ces chiffres passent à 50% et 30% avec seulement deux fois trente minutes de marche par semaine. Soit un bénéfice deux fois et demi supérieur à celui du meilleur médicament.

Aucun médicament ne diminue le risque d’apparition d’un diabète de type 2, alors que 40 minutes de marche par jour diminuent ce risque de 27%. Si le diabète est installé, la marche reste 3 à 10 fois supérieure à tous les médicaments !

Les bienfaits de la marche s’observent aussi dans des pathologies où l’on ne s’y attendait pas, avec le même niveau de preuve que pour les maladies cardio-vasculaires et métaboliques.

Pour la maladie d’Alzheimer où aucun médicament ne possède la moindre action, la marche quotidienne  diminue le risque de 70%. Trois périodes de marche hebdomadaire pendant 6 ans diminuent le risque de 40%. Après 65 ans, la marche régulière diminue encore le risque de 50%. Enfin, chez les sujets prédisposés (porteurs du gène APO ε4), la marche diminue les dépôts amyloïdes sur leur cortex.

Pour l’ostéoporose, 18 mois de marche régulière augmentent la densité osseuse de 77% et diminuent le risque d’autant. Chez les personnes âgées, la marche régulière diminue le risque de chute de 37% et le risque de fractures de 61%.

Chez les insuffisants cardiaques auxquels on conseille parfois de ne pas trop marcher tant ils sont essoufflés, la marche diminue leur mortalité de 40%.

Les résultats sont tout aussi extraordinaires dans des domaines encore plus inattendus La marche diminue de 30% le risque d’insuffisance rénale. Neuf heures de marche par semaine réduisent de 45% le risque de développer une maladie de Crohn. Sept heures de marche par semaine réduisent de 50% la mortalité par cancer du sein et cancer du côlon. Deux heures de jogging par semaine diminuent de 30% le risque de psoriasis. Encore plus époustouflant, les fameux télomères dont la longueur est supposée indiquer la longévité, voient leur taille augmenter de 10% après cinq ans de cet exercice !

La seule explication possible, pour une telle concordance de résultats dans des domaines pathologiques aussi variés, est d’ordre évolutionniste : homo sapiens est fait pour marcher. Il est le seul primate dont le pied est exclusivement adapté à la marche, son génome n’est pas adapté à l’arrêt brutal de cette activité.

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Lorsque tropique

jeudi 16 octobre 2014

Le paludisme a disparu de Camargue et de Corse dans les années 1950. Aujourd’hui, les rares cas importés des pays tropicaux font l’objet d’une très grande vigilance de la part des professionnels de santé et des autorités sanitaires.

Faut-il craindre une réémergence du paludisme liée au réchauffement climatique ? Ceci n’est pas exclu, car les anophèles sont nombreux en France et plus de 400 espèces sont susceptibles de transmettre le plasmodium (parasite qui provoque le paludisme). Dans certains pays tropicaux comme la Colombie ou l’Ethiopie, le paludisme, qui était cantonné dans les chaudes vallées, se rencontre désormais dans les plus hautes altitudes.

En Corse du Sud, on vient de diagnostiquer un premier cas de bilharziose contractée localement. Cette maladie était jusqu’à présent limitée aux zones tropicales et subtropicales.

Aedes, le moustique du chikungunya a été capturé à Lyon et dans plusieurs villes de la moitié Sud de la France.

Les cas de leishmaniose humaine se multiplient dans le nord de l’Europe alors que ces maladies n’étaient connues qu’en Europe du Sud.

Il semble inutile de multiplier les exemples pour avoir la preuve d’une remontée en latitude et en altitude des vecteurs de diverses maladies infectieuses et tropicales.

Certains scientifiques et activistes passent allègrement leur temps à chercher des biais dans les études sur le réchauffement climatique et des poux dans la tête des experts du GIEC. Ces climato-sceptiques ne voudront probablement pas admettre le lien entre cette remontée des pathogènes et les récentes et rapides modifications du climat.

Par contre, les aedes, culex ou anophèles ne sont, eux, pas du tout climato-sceptiques. Mais ce n’est pas une raison pour croire ces moustiques, car ils n’ont pas de diplôme et aucun d’eux n’a jamais publié dans une revue internationale.

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Tournevis magique

jeudi 2 octobre 2014

Un jour, me promenant dans un salon de bricolage, je vis un bonimenteur présenter un tournevis imposant dont l’embout était capable de venir à bout de toutes les vis. Belle idée, car la multiplication des types de vis confronte souvent le bricoleur à d’inextricables situations de vissage et de dévissage.

Vis à tête plate ou bombée, à prise fendue, cruciforme, hexagonale ou étoilée, même les vis  endommagées, aucune ne pouvait résister à l’emprise de cet embout dont le système de serrage à microbilles imposait un respect théorique. Chaque démonstration du marchand, leste comme un prestidigitateur, amplifiait ma fascination.

Oubliant que ma situation d’amateur du vissage me mettait en position de vulnérabilité, je cédai à cette habile démonstration. Un ami qui m’accompagnait m’assura moqueusement que je retrouverai un jour ce tournevis au fond d’un tiroir sans l’avoir jamais utilisé. Refusant de croire ce briseur de rêve, le soir même, je m’empressai d’essayer le tournevis, tout en constatant que j’étais beaucoup moins habile que le marchand. Peu m’importait alors, l’expertise viendrait avec le temps… Je m’apprêtai à ranger l’objet dans un tiroir adéquat et quelle ne fut pas ma stupéfaction de trouver dans ce tiroir exactement le même objet déposé là auparavant, à une date suffisamment lointaine pour que j’en ai oublié jusqu’à l’existence. Certain que j’étais de n’avoir aucun signe précurseur de déficit cognitif !

J’en conclus honteusement que, depuis ce temps, ni mon besoin ni ma naïveté n’avaient diminué, et qu’il n’existe toujours pas de remède miracle contre la candeur et contre la consommation.

Il m’arrive parfois de visiter les placards à pharmacie de certains patients qui me demandent un médicament pour une douleur ou quelque symptôme gênant qu’ils prétendent ne plus pouvoir supporter. J’y trouve toujours le médicament qui les fera patienter jusqu’à l’extinction naturelle du symptôme. Parfois la boîte n’a jamais  été ouverte et de courtes enquêtes révèlent que le symptôme avait disparu avant même qu’ils n’arrivent chez le pharmacien, mais ils l’avaient tout de même achetée, au cas où…

Ce gâchis m’agace moins qu’auparavant, probablement par les lassitudes de l’âge, mais aussi à cause d’un certain tiroir de mon atelier qui me rappelle que tout domaine a ses amateurs vulnérables aux boniments.

Fiction de dépistage anténatal

lundi 15 septembre 2014

Le dépistage anténatal devient de moins en moins traumatisant. Le nouveau progrès est celui de l’analyse directe de l’ADN sanguin maternel pour déceler les anomalies de l’embryon.

Malgré quelques ultimes réticences éthiques, évoquant un eugénisme médical et technologique, on peut logiquement s’attendre à voir disparaître progressivement la trisomie, la mucoviscidose et d’autres graves maladies génétiques. Nul ne peut réellement s’en plaindre.

Après avoir identifié toutes les maladies chromosomiques et monogéniques, les fulgurants progrès de la génomique permettent désormais d’établir des séries de mutations et polymorphismes génétiques positivement corrélés à de nombreuses pathologies. Pour l’instant, ces analyses complètes de génome (GWAS) n’ont aucun impact clinique. Les interminables listes de mutations associées à l’Autisme, au Parkinson ou à l’Alzheimer s’apparentent plus à un fiasco qu’à un progrès de la génétique. Le polygénisme est devenu tel que chaque facteur perd progressivement du poids par rapport aux facteurs environnementaux, souvent eux-mêmes nombreux et mal connus.

Malgré cela, le marché de ces analyses génomiques, promu par des gourous de l’immortalité, est très prometteur. Les ministères qui en rappellent régulièrement l’inutilité et les dangers des deux côtés de l’Atlantique, ne font aucun poids face à la puissance mercatique d’un géant tel que Google qui en est l’un des pionniers. (Notons au passage que l’espérance de vie est plus faible, et diminue, dans les pays où ces marchés existent depuis longtemps !)

Amusons-nous alors à faire de la mercatique fiction. Pour sortir de l’imbroglio du polygénisme, la technique commerciale de ces « génomeurs » est de choisir arbitrairement l’une des mutations pour la métamorphoser en un déterminant majeur de la maladie afin de proposer un test. L’histoire de la détection de l’autisme est la plus révélatrice de ce genre de manœuvre.

Il ne fait aucun doute que l’on proposera un jour des packs de dépistage néonatal associant les grandes maladies monogéniques et le génome complet. Même sans remboursement, il y aura beaucoup de clients. On fournira indifféremment aux parents, le risque de mucoviscidose ou d’Alzheimer de leur futur enfant. On leur proposera un petit supplément pour la longueur des télomères supposée indiquer l’espérance de vie.

Les parents dont l’enfant aura un risque de développer une maladie d’Alzheimer avant soixante-dix ans décideront-ils d’un avortement thérapeutique ? Ils auront certainement besoin du soutien d’un comité d’éthique pour savoir si l’intérêt de la vie après cet âge justifie ou non de sacrifier les soixante-dix ans qui précèdent.

Enfin, devant le risque insensé d’avoir des télomères trop courts, il faut envisager soit une stérilisation définitive, soit de ne jamais faire d’analyse génomique !

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Rencontre insolite.

mercredi 10 septembre 2014

Au cours d’une promenade d’été, j’ai fait la rencontre la plus singulière de ma carrière. C’était au détour d’un sentier, dans un hameau de montagne.

J’ai une vieille habitude de moquer les excès de la médecine, la gabegie des soins, la démagogie de la précaution, les incitations à la dépense par la Sécurité Sociale elle-même, la surenchère des mutuelles dans le catastrophisme, et autres braderies de mon petit fonds de commerce.

Je ne vise personne en particulier, car nous sommes tous des acteurs galopants derrière un marché, loin devant. Mon humour n’y changera rien, et s’il peut en amuser certains, le rire leur sera remède. Voltaire l’avait compris qui avait « décidé d’être heureux parce que c’est bon pour la santé ».

Médecins, ministères, laboratoires, tous ont eu droit avec équité à mes sarcasmes ponctués de réflexions. Mais là, je n’ai même pas envie de réfléchir, j’ai juste envie d’une dernière bouffée de rire avant les certificats médicaux de la rentrée, exigés par les assurances pour le sport à l’école.

Les fonctionnaires territoriaux n’étaient pas ma cible préférée, peut-être parce que j’ai parfois apprécié leur aide dans les soins de proximité. Les conseils généraux ont été les grands oubliés de mes sarcasmes, et au moment où j’apprends leur disparition prochaine, je leur dois bien cette reconnaissance tardive. Oui, ils participent comme les autres à la grande accélération des gabegies médico-sanitaires. Oui, dès qu’il s’agit de science biomédicale, ils tombent dans le panneau du catastrophisme avec le même patatras que leurs contemporains fonctionnaires ou marchands.

L’appareil était là, rutilant, exposé aux intempéries, sur le mur de l’une des cinq maisons de ce hameau de moins de dix âmes. Un défibrillateur public destiné à secourir une hypothétique victime de tachyarythmie ventriculaire.

La défibrillation externe pratiquée à l’hôpital, chez des patients sous surveillance intensive, a environ 50% de résultats positifs. Ce pourcentage chute au-dessous de 10% lors des appels d’urgence.

Les défibrillateurs implantables chez des patients à haut risque ont des résultats très modestes, difficiles à évaluer. Quant aux défibrillateurs externes à usage public, la plupart des publications datent du début des années 2000 et ne portent que sur les méthodes d’utilisation ; elles émanaient des fabricants pour convaincre les autorités. Depuis, très peu d’études ont publié des résultats crédibles ; de rares vies seraient sauvées lorsque ces défibrillateurs sont installés dans des lieux à forte fréquentation, tels que gares ou aéroports.

La probabilité pour que ce défibrillateur rural sauve une vie dans le millénaire à venir contient autant de zéros après la virgule qu’il y a d’atomes dans le système solaire…

En redescendant, j’ai croisé un berger édenté qui ne pouvait s’offrir les frais dentaires. Son conseil général ne pourra pas l’aider, car tous les huit ans, il faut remplacer ces défibrillateurs à obsolescence programmée.

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Faut-il abandonner les obligations vaccinales ?

lundi 25 août 2014

L’État français vient d’être condamné à verser une indemnisation de 2 400 000 € à une infirmière ayant développé une sclérose en plaques peu après une vaccination contre l’hépatite B.

Ce triste record révèle la faille entre justice et science et oblige à réfléchir à la communication vaccinale. Etant admises l’efficacité de la majorité des vaccins sur la santé publique et leur balance bénéfices/risques très positive, le but est d’obtenir la meilleure couverture vaccinale de la population. La question se pose avec plus d’acuité pour les nouveaux vaccins auxquels manque logiquement la preuve épidémiologique, quelles que soient les preuves initiales d’efficacité.

L’obligation vaccinale et la « propagande abusive » sont rejetées avec le même fanatisme par les lobbys anti-vaccins, lesquels n’auraient pas vu le jour sans l’erreur politique initiale de l’obligation. Mais on ne peut ni juger ni réécrire l’Histoire.

Les taux de couverture semblent indépendants du caractère obligatoire et dépassent rarement 90%, quelle que soit la propagande. Lorsque l’incidence des maladies était élevée, la crainte suffisait à promouvoir les vaccinations. Dans les années 1950, les parents se sont rués sur le vaccin antipolio, car ils connaissaient tous un enfant atteint. La vaccination est victime de son succès, car les maladies concernées sont devenues moins visibles, donc moins anxiogènes.

L’intense promotion du vaccin contre l’hépatite B, maladie encore fréquente en 1994, a entraîné une couverture de 70% en moins d’un an. Ce record absolu a permis aux lobbys d’établir plus de corrélations entre les poussées de sclérose en plaques et le vaccin, car plus l’on vaccine de personnes en un temps bref, plus il est facile de découvrir de corrélations fantaisistes.

Pour des vaccins tels que ceux contre papillomavirus ou rotavirus, la publicité est inutile, car l’épidémiologie de ces maladies n’étant pas explosive, une mise en place très progressive suffit ; pire, une promotion abusive devient contre-productive pour d’autres vaccins indispensables.

Curieusement, dans nos démocraties libérales, les obligations sont plus mal vécues que les prohibitions. Les interdictions de fumer suscitent moins de réticence que la mémorable propagande du vaccin H1N1. L’obligation de la ceinture de sécurité a subi plus d’opposition que les limitations de vitesse.

Les médecins utilisent souvent le civisme pour convaincre les plus réticents : on se vaccine autant pour soi que pour les autres.

Comment stopper la baisse des couvertures vaccinales en France ? Une communication raisonnable, une individualisation par les praticiens, l’encouragement au civisme et une information éclairée non catastrophiste sont certainement les meilleurs moyens. On peut y ajouter sereinement l’arrêt des obligations, y compris pour les professionnels, plus à même d’évaluer les risques réels.

La suppression de toute obligation vaccinale serait bénéfique en diminuant fortement le pouvoir de nuisance des lobbys.

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Gestation pour autrui : dernières affres du « tout génétique »

lundi 18 août 2014

Le sujet des mères porteuses est très médiatique, car il ressasse l’impossibilité de choisir entre la sacralisation de l’éthique et celle du progrès.

Dissocier l’éthique sociale de l’éthique biologique pourrait nous aider à pénétrer dans cet imbroglio de la GPA.

Accorder à un couple stérile un ultime moyen d’obtenir un enfant génétique reste bio-éthiquement acceptable. Permettre à une femme riche, ne désirant pas supporter le poids d’une grossesse, de s’offrir le ventre d’une femme pauvre sur le marché mondial, est socio-éthiquement inacceptable. D’un côté, il s’agit encore de soin, de l’autre, il s’agit déjà d’esclavage. Mais ce résumé, volontairement grossier, est hors sujet, car la seule question utile, tant en biologie qu’en sociologie, est de savoir ce qu’est un « enfant à soi »

Avec la génétique dominante et tapageuse des années 1970, où l’on avait grotesquement annoncé la découverte des gènes de la criminalité, du suicide, de l’alcoolisme, ou encore de l’homosexualité, il était normal de penser qu’un enfant était à soi lorsqu’il avait hérité de la moitié de nos gènes.

Aujourd’hui, les considérables progrès de la biologie du développement (embryologie) nous révèlent que les gènes héritables, (ex : couleur des yeux ou forme du nez), ne sont qu’une faible part de la construction génétique de l’embryon. Les gènes architectes et les gènes régulateurs, dont l’expression dépend essentiellement des conditions de la grossesse, ont beaucoup plus d’importance.

Le ventre de la gestante est un lieu d’échanges permanents entre la mère, le père, le fœtus et sa fratrie. Ces interactions se révèlent capitales dans la construction et la répartition des synapses qui feront le système nerveux et la personnalité de l’enfant à naître.

L’ocytocine, qui envahit la mère et l’enfant au début du travail, est une hormone de l’attachement. Le colostrum, le lait et la peau viendront compléter cette liaison au point de la rendre irréversible.

On ne cesse de découvrir l’importance des processus épigénétiques, depuis les gamètes d’avant la fécondation jusqu’à la construction du phénotype, longtemps après la naissance. La variabilité génétique est mille fois moins importante que la variabilité phénotypique, et la pénétrance des mutations défavorables dépend principalement des conditions de vie.

L’erreur biologique est donc de penser qu’un enfant issu du ventre d’autrui est à soi. La part génétique héritable (d’un ou deux parents) représente certainement moins de 20% de ce que sera cet enfant.

L’éthique sociale peut alors s’effacer derrière la bioéthique qui nous impose de dire la vérité biologique : un enfant issu de la GPA ne sera pas plus votre enfant qu’un enfant adopté dont l’épigénome sera peut-être plus proche du vôtre.

Enfin l’adoption est un élément fort de la socialité animale, dont l’éthique est indépassable, tant  sur le plan biologique que sur le plan social.

En biologie, la gestation pour autrui n’est que l’une des dernières affres de l’époque révolue du « tout génétique ».

Exercice mathématique et mercatique autour de l’Alzheimer

lundi 11 août 2014

La probabilité d’avoir une maladie d’Alzheimer après 75 ans est de 15%. En épidémiologie, il s’agit d’un pourcentage énorme, surtout pour une maladie aussi invalidante.

Piètre réconfort : elle survient à un âge avancé, presque toujours supérieur à 65 ans. Cet âge étant défini comme borne de la mort prématurée, la maladie d’Alzheimer n’est donc responsable que de morts non prématurées.

A l’heure actuelle, aucun médicament commercialisé n’a d’efficacité sur le cours global et le pronostic de cette maladie neuro-dégénérative. L’idée est donc de la prévenir, à défaut de pouvoir la guérir. Les investissements et les recherches abondent dans cet objectif, et aboutiront certainement à plusieurs nouvelles molécules commercialisables.

Nous savons depuis longtemps que « commercialisé » ne veut pas dire efficace. L’autorisation de mise sur le marché repose sur deux critères principaux : modèle théorique d’action et preuve de l’efficacité par essai clinique randomisé.

Les modèles théoriques d’action sur la maladie d’Alzheimer ne manquent pas : protéine tau, dépôts amyloïdes, et (trop) nombreuses pistes génétiques (APOE, APP, PSEN, BDNF, SORL1, CLU, BIN1, etc. ; il y a actuellement plus de 25 régions génomiques impliquées) !

Quant aux essais cliniques, il est quasi impossible de prouver l’efficacité d’un médicament curatif, et a fortiori préventif, sur une pathologie plurifactorielle d’apparition tardive, souvent associée à d’autres pathologies, chez des patients polymédicamentés, car il y a toujours trop de facteurs de confusion. Pour réaliser cet exploit, il faudra d’autres « ressources » qui ne dépendent pas de la science exacte. Mais soyons certains que les marchands y parviendront.

Une fois la molécule mise sur le marché, elle n’aura, par contre, aucun problème à prouver son efficacité. Reprenons notre propos à son début. Cette pathologie concerne 15% des sujets de plus de 75 ans. Le corollaire est l’absence de cette maladie chez 85% d’entre eux. La molécule en question sera inévitablement vantée et considérée comme efficace chez 85% des sujets qui l’auront prise !

D’aucuns trouveront cet humour mathématique bien sombre pour un drame social et familial de cette importance. C’est vrai, le drame est réel. C’est pourquoi le clinicien que je suis tient à rappeler que les exercices cognitifs, la marche, la socialisation et le toucher sont pour l’instant les seules méthodes ayant fait la preuve d’une très légère efficacité sur l’apparition et le cours de cette maladie. Et surtout, que l’apparition d’une molécule pour une pathologie chronique quelconque s’accompagne irrémédiablement d’un recul des actions préventives non pharmacologiques, donc d’un recul de la prévention.

Telle est la réalité du terrain, il est utile de la rappeler.